La contrefaçon de médicaments : un nouveau commerce lucratif et moins risqué

 

      Selon l'Agence de santé américaine, un médicament sur dix vendu dans le monde serait un faux. Et selon l'Organisation mondiale de la santé, ce commerce ferait 100 000 morts par an en Afrique. Sur la toile, 96% des pharmacies virtuelles sont illégales...Selon le rapport de  l'Institut international de recherche anticontrefaçon de médicaments (IRACM) qui vient d’être publiée, la situation est édifiante…

 

                1) Qui sont les malfaiteurs ?

 

     Plusieurs types de trafiquants existent : - d'une part des individus isolés, cyniques et sans scrupule, qui se lancent sur ce marché lucratif... on les qualifies  « d’opportunistes en col blanc » ; - d’autre part et dans un style un peu plus structuré, en Europe il existerait environ 3 600 groupes criminels de taille moyenne, qui emploient à chaque fois une dizaine de personnes. Ceux-là ont soit des liens avec du personnel infiltré dans des entreprises de santé, soit des liens avec des importateurs ou des grossistes travaillant dans ce secteur. Ils jouent sur un double tableau licite-illicite. Et, enfin,il y a des cybercriminels très actifs, notamment en Russie, et qui eux sont passés maîtres dans l'art d'exploiter les crises sanitaires, par exemple les épidémies. Au moment de la grippe H1N1, ils ont multiplié les faux sites de distribution de médicaments grâce à des campagnes de mailing très agressives.

 

                2) Comment s’opère le trafic :

     Selon le rapport, ce trafic s’opère à travers une « internationalisation du travail » en quelque sorte, qui est un bon moyen de brouiller les pistes : le principe actif du médicament est élaboré dans un pays A ; le médicament est mis en bouteille ou encapsulé dans un pays B ; le conditionnement extérieur a lieu dans un pays C ; et finalement, la vente a lieu dans un pays D... La marchandise transite par voie postale et les peines encourues sont ridicules, par rapport à celles attribuées aux trafiquants de drogue. Par exemple, les marchandises sont fabriquées en Chine, transportées à Hong-Kong et Singapour, puis acheminées en Belgique et entreposées en Grande-Bretagne pour que plus personne ne puisse identifier leur lieu de fabrication originel. En France, certains de ces faux médicaments auraient dû passer pour des médicaments français, mais la vignette de la Sécurité sociale étant imprimée de façon incorrecte et quelqu'un a fini par s'en inquiéter.

 

 

                3) Quelles sont les sanctions encourues pour les trafiquants ?

 

                Les peines encourues sont ridicules, par rapport à celles attribuées aux trafiquants de drogue par exemple. Sept ans  maximums dans certains pays occidentaux. Cette sanction paraît dérisoire par rapport à ce que rapport le marché de contrefaçon des médicaments. En 2010, le marché presque 100 milliards de dollars. Pour 1 000 dollars investis, le trafic de fausse monnaie ou d'héroïne en rapporterait 20 000 ; la contrefaçon de cigarettes, 43 000 ; la contrefaçon de médicaments, entre 200 000 et 450 000. Cette dernière serait donc de 10 à 25 fois plus rentable que le trafic de drogue. Tout en étant beaucoup plus facile (voie postale, grands containers peu ou mal contrôlés), plus rapide (moins d'intermédiaires, plus de discrétion), moins risquée (corruption généralisée, sanctions très faibles).

 

 

                4) Quels sont les risques encourus pour les consommateurs ?

 

                Les contrefaçons peuvent contenir des principes actifs en surdosage ou en sous-dosage, des substances toxiques, des conditionnements fallacieux. Dans les pays en développement, les trafiquants vont plutôt viser les traitements contre le sida, le paludisme ou la tuberculose, quitte à induire des risques réels d'échec thérapeutique ou à créer des souches résistantes. En Europe, ils misent plutôt sur les anti-inflammatoires, les antidouleurs, les antiseptiques et le matériel médical. Enfin, grâce à Internet, ce sont les médicaments dits « de confort » qui sont les plus touchés, qu'il s'agisse des pilules amincissantes, des produits dopants ou anabolisants ou bien encore du Viagra.