Le Nouveau banquier de l’Afrique risque d’être à bout de souffle : la croissance économique chinoise émet des signaux d’essoufflement

 

                                                                      Par la Rédaction du Site

 

     Toujours sur le pied de guerre pour se développer en Afrique, la Chine a déployé d’importants moyens financiers pour accroître sa l’hégémonie économique sur l’Afrique. Le manque d'infrastructures sur ce continent constitue un obstacle majeur à la croissance sur le continent. L'Afrique compte environ90.000 kmde chemins de fer, soit 1/20 de la longueur des chemins de fer européens. Aussi, la plupart des pays africains connaissent des pénuries d'électricité et moins de 60% de la population africaine a accès à l'eau potable.

 

       Dans son élan de générosité, l’ancien président chinois, Hu Jintao, a annoncé, jeudi 19 juillet 2012, que son pays allait doubler ses crédits au continent africain, pour un total de 20 milliards de dollars (16,3 milliards d'euros), afin de soutenir les infrastructures, l'agriculture, l'industrie manufacturière et le développement des PME en Afrique.

 

            En  recherche constante des minerais et de sources d’énergie qui nourriront   sa croissance, la Chine est devenue en 2009 le premier partenaire  commercial de  l’Afrique, peu avant de remplacer le Japon comme deuxième  puissance économique  mondiale derrière les Etats-Unis. Les  échanges sino-africains ont plus que  doublé entre 2009 et 2012, année où  ils ont frôlé les 200 milliards de dollars  et le nouveau président  chinois, Xi Jinping, s’est rendu en Afrique à peine une  semaine après  son intronisation.

 

            Sans perdre le souffle, l’actuel président chinois Xi Jinping a validé, le 10 juillet 2013, un prêt au Nigeria de plus d’un milliard de dollars avec un taux préférentiel de moins de 3%. L’accord a été signé à Pékin, dans le cadre de la rencontre entre Xi Jinping et son homologue nigérian Goodluck Jonathan. Des compagnies chinoises construisent déjà des routes un peu partout au Nigeria, avec des contrats estimés à 1,7 milliards de dollars. Mais il reste un secteur clé du Nigeria où Pékin a du mal à percer : le pétrole, qui reste dominé par les Occidentaux, notamment Shell et ExxonMobil. Raison pour laquelle Goodluck Jonathan a rencontré le 11 juillet les dirigeants du premier raffineur chinois Sinopec. Confronté à une augmentation exponentielle de sa population (plus de 200 millions d’habitants), le Nigeria fait de son partenariat avec la Chine un atout de taille, en vue de répondre au besoin du pays. Selon le ministre nigérian du Commerce et des Investissements, Olesegun Aganga, les échanges commerciaux bilatéraux sont passés de 2 milliards de dollars en 2005 à 13 milliards de dollars en 2012.

 

            Ces prêts, dont le président chinois n'a pas précisé sur quelle durée ils s'étendaient, traduisent la présence grandissante de la Chine, avide de matières premières nécessaires à la poursuite de sa croissance, sur le continent. L'aide chinoise à l'Afrique a augmenté de 60 % depuis 2009. Les investissements directs chinois en Afrique ont également progressé de 60 % depuis 2009 pour atteindre 14,7 milliards de dollars (12 milliards d'euros) à la fin 2011 et plus de 2 000 sociétés chinoises avaient des investissements sur le continent

 

            Entre autre, la Chine va consentir des prêts concessionnels d’un montant global de 10 milliards de dollars au cours des six prochaines pour la Côte d’ivoire. «La Chine va prêter à la Côte d’Ivoire jusqu’à 10 milliards de dollars à des taux préférentiels au cours des six prochaines années», a déclaré Toikeusse (ministre Ivoirien du Plan et du Développement) le 17 juillet 2013. Les crédits chinois qui seront pour la plupart accordés à la nation ouest-africaine par l’Export-Import Bank of China vont, entre autres, financer l’extension du port d’Abidjan pour un investissement de 2,5 milliards de dollars. Deux autres milliards de dollars  devraient être utilisés pour la construction d’une ligne de chemin de fer reliant la région de Man (Ouest)  à la ville de San Pedro, qui abrite le deuxième port du pays pour un investissement de 2 milliards de dollars.

 

            En complément, la Chine va lancer bientôt deux fonds dotés de 2 milliards $ pour l’émergence industrielle de l’Afrique. Par ailleurs, deux nouveaux fonds d’investissements sponsorisés par China-Africa Development Fund (CAD Fund) et China-Africa Business Council (CABC) ont été récemment opérationnels pour fournir des capitaux aux entreprises chinoises qui s’investissent en Afrique dans les activités commerciales, industrielles et le secteur minier depuis un an. « La Chine veut s’investir d’une autre façon en Afrique et pas seulement sur les projets d’infrastructure de construction tels que les routes, les ponts, les ports… » a indiqué Zheng Yuewen, président du CABC, qui compte 550 entreprises chinoises présentes en Afrique.

 

            En Afrique, la Chine a investi dans les secteurs du transport, des télécommunications, de l'aménagement et de la gestion des eaux, de l'électricité, ainsi que dans le réseau routier et les infrastructures. Elle a directement investi dans 152 nouveaux projets en Afrique au cours des cinq dernières années. Malgré la récession de l'économie mondiale, la valeur des nouveaux contrats de chantier à l'étranger signés par la Chine s'est élevée à 156,5 milliards de dollars en 2012, soit une hausse de 10% par rapport à 2011. Par ailleurs, la participation des entreprises chinoises dans la construction d'infrastructures en Afrique crée de nouvelles opportunités pour les secteurs bancaire, immobilier et éducatif du continent. La Chine a non seulement amélioré l'environnement d'investissement en Afrique, mais a aussi créé des opportunités gagnant-gagnant dans sa coopération avec le continent.

 

            Toutes ces stratégies chinoises ne sont pas le fruit du hasard. Elle repose sur une feuille de route bien calculée avec une mécanique parfaitement huilée. Le douzième plan quinquennal (feuille de route qui guide l'économie chinoise jusqu'à la fin 2015), repose sur un principal objectif national : porter les compagnies chinoises hors des frontières du pays. Pour cela, les investissements directs étrangers doivent progresser de 17 % en moyenne chaque année. Pour soutenir les entreprises qui franchissent le pas, les banques d'Etat se sont révélées incontournables. Particulièrement, l’encouragement à la délocalisation concerne les entreprises chinoises à forte intensité de main-d’œuvre devraient délocaliser vers l'Afrique, qui dispose d'une jeune main-d'œuvre en abondance, a indiqué Justin Yifu Lin, ancien économiste en chef et vice-président de la Banque mondiale, lors de la 17e Foire internationale de l'investissement et du commerce de Chine. Car La hausse du coût du travail en Chine est en train d'étrangler les entreprises qui se sont reposées pendant plusieurs années sur la main-d’œuvre bon marché. Du point de vue de M. Lin, l'Afrique est un choix évident. "L'Afrique compte un milliard de personnes et possède une population active jeune, comme dans les années 1980 en Chine. Il y a une importante marge d'accueil en Afrique pour les entreprises chinoises à forte intensité de main-œuvre", a-t-il expliqué. Surtout deux institutions, dont Pékin ne cache pas qu'elles ont pour rôle d'appliquer la politique gouvernementale. La Banque d'import-export dite Eximbank, et la Banque Chinoise de développement, la CDB. Cette dernière fût fondée en 1994 afin de financer dans les provinces les grands projets d'infrastructures approuvés par le gouvernement central. Elle apportera par exemple un appui majeur au chantier de construction du barrage des Trois-Gorges. En 2010, la CDB comptait 687 milliards de dollars de prêts dans ses livres de compte, soit deux fois plus que la Banque mondiale. Principalement, ces deux banques financent les projets de développement des infrastructures en échange de contrats sur le pétrole en territoire africain. La Banque chinoise de développement a sur ses comptes 18,9 milliards de prêts à l'Afrique, précisait l'agence étatique d'information Chine Nouvelle au mois d'août 2013.

 

            Cependant, La Chine a publié en juin 2013 de nouveaux indicateurs industriels jugés décevants par les experts. La hausse de la production industrielle s'est établie en mai à 9,2 % sur un an, contre 9,3 % en avril, a rapporté le Bureau national des statistiques (BNS). Les ventes de détail ont, elles, augmenté de 12,9 % le mois dernier, tandis que les investissements en capital fixe ont enregistré une hausse de 20,4 % sur la période janvier-mai 2013. "Ces chiffres jettent un doute sur le consensus selon lequel la croissance va rebondir cette année. Ces nouveaux indicateurs "viennent confirmer que l'économie [chinoise] s'enlise à nouveau dans une stagnation de sa croissance, après un bref rebond", a de son côté estimé Ren Xianfang, économiste de l'institut IHS Global Insight Global.

 

            Pour sa part, le Fonds monétaire international (FMI) a abaissé le mois dernier de 8 % à environ 7,75 % sa prévision de croissance pour la Chine en 2013. En 2012, la croissance a chuté à 7,8 % en Chine, de 9,3 % en 2011. Même si le FMI n'exclut pas un risque de ralentissement, c'est beaucoup plus que Hong Kong (3 % en 2013) et que la Corée du Sud (2,8 %).

 

            Selon le rapport de la Banque Asiatique de Développement (BAD) publié en septembre 2013, la production industrielle chinoise a progressé à son rythme le plus faible depuis trois ans au mois d'août. À ce rythme-là, la Chine pourrait enregistrer en 2013 son taux de croissance annuel le plus faible depuis deux décennies, pointent les économistes. En août, l'industrie chinoise a progressé de 8,9% contre 9,2% le mois précédent, confirmant le ralentissement rapide de l'atelier du monde. Désormais, la plupart des secteurs industriels sont touchés par la faiblesse des importations due à l'atonie de la demande en Europe, premier partenaire commercial de la Chine.

 

            A ce contexte économique difficile s’invite un nouveau concurrent de circonstance qui risque de brouiller la feuille de route du gouvernement en tant que banquier de l’Afrique : le Japon. A l’occasion de la cinquième conférence internationale de Tokyo pour le  développement de  l’Afrique (Ticad), Shinzo  Abe a déclaré que  « le Japon fournira 650 milliards de yens  (environ 5 milliards  d’euros) en cinq ans pour le développement des  infrastructures »,  insistant sur l’importance des « couloirs internationaux » de  transports  au sein du continent et sur l’amélioration des réseaux électriques.