Les conclusions préalables du Sommet G20,

 

            - Question Intervention en Syrie :

 

            Au G20 qui s'est ouvert ce jeudi à Saint-Pétersbourg, les partisans de frappes ciblées en Syrie sont en nette minorité. Deux semaines après l'attaque chimique du 21 août dans la banlieue de Damas, seuls deux Etats sont véritablement prêts à s’engager militairement en Syrie :

            -  les Etats-Unis — sous réserve un accord du Congrès, qui doit se prononcer à partir du lundi 9 septembre

            -  La France attend la publication du rapport des inspecteurs de l’ONU.

            - Royaume-Uni, David Cameron entend oeuvrer pour favoriser la constitution d'une coalition pour une intervention.

            - L’Arabie Saoudite et la Turquie, voisine de la Syrie et membre de l'Otan, prônent toutes deux une opération musclée, bien qu'en termes militaires leur engagement serait limité.

            - Le Canada et l’Australie pourraient jouer les soutiens politiques qui font défaut au duo franco-américain. L’Australie, qui vient de prendre la présidence tournante du Conseil de sécurité de l’ONU, s’est dite prête à apporter son soutien de principe, avec ou sans mandat du Conseil. Le Canada, plus réticent, s’est néanmoins dit prêt à soutenir l’intervention. Ni l'un ni l'autre ne participeraient militairement.

            - l’Italie  a très tôt pris ses distance avec l'hypothèse d'une intervention et continue à prôner une «solution politique négociée». Rome n’a toutefois pas exclu de mettre à disposition de ses alliés ses bases aériennes.

            - L’Allemagne a une position incertaine. En dernière ligne droite électorale, confrontée à une opinion majoritairement opposée à une intervention armée, Angela Merkel a jusqu'ici rejeté toute intervention.

 

  *  L’Amérique du Sud et centrale est unanimement opposée à une intervention, hormis            - le Mexique qui s'y montre plutôt favorable, dans le sillage des Etats-Unis, quoique sur la réserve.

            - l’Argentine a proposé «une intervention humanitaire mais sans objectifs ni moyens militaires, et sous mandat (de l’ONU)». 

            - Le Brésil a fait savoir qu’il n’appuierait pas une action militaire décidée sans l’accord de l’ONU.

La position des Pays Africains :

 

            -En Afrique du Sud, le gouvernement «ne croit pas que bombarder des populations qui souffrent déjà et détruire des infrastructures en Syrie contribuera à une solution durable» du conflit. «Les conséquences d’une telle opération sont imprévisibles et ne feront que durcir le conflit», selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

 

            - Quant à la Chine et la Russie, elles continuent à exclure tout autre solution que «politique», donc de facto à soutenir le régime de Damas, comme elles font depuis le début du conflit.

            - L'Union européenne est le vingtième membre du G20. Son président Herman Van Rompuy s'est clairement prononcé jeudi contre une intervention militaire

 

     - Questions Economiques : 

 

            * Evasion fiscale : La menace d'une intervention militaire en Syrie a étouffé le débat sur l'économie. C'est pourquoi le bilan économique du sommet apparaît maigre, il se limite aux dossiers inscrits de longue date à l’ordre du jour, comme la lutte contre l'évasion fiscale. A l'avenir, les administrations des pays membres du G20 devront fournir automatiquement les informations sur les déclarations des non ressortissants, sans attendre que leur pays d’origine réclame ces informations, et cela dès 2015. La déclaration finale des participants contient en effet de nouveaux engagements dans la lutte contre l’évasion fiscale, notamment celle des multinationales. 

            Quelques explications à ce propos : Lorsqu’une entreprise est implantée dans plusieurs pays, elle court le risque d’être imposée plusieurs fois sur le même bénéfice. A partir des années 1920, pour éviter cette situation, les nations ont commencé à conclure des conventions bilatérales posant les règles du jeu fiscal entre elles. Près d’un siècle plus tard cependant, ce système montre ses limites. Résultat, plutôt que d’éviter une double-imposition, ces conventions débouchent parfois sur une «double non-imposition», ou sur une imposition très faible. D’autres dispositifs permettent de délocaliser les bénéfices réalisés dans un pays vers un autre à la fiscalité plus avantageuse.

            Comment procéder : Les deux priorités du rapport final sont la «relocalisation» des bénéfices - c’est-à-dire leur imposition à l’endroit où ils ont effectivement été réalisés- et une transparence accrue, par l’échange d’informations entre Etats, et de nouvelles obligations de la part des multinationales. Pour sa part, L’OCDE souhaite ainsi que les Etats puissent «taxer les bénéfices dissimulés dans des filiales à l’étranger». Les entreprises elles-mêmes auraient obligation «à faire connaître leurs dispositifs de planification fiscale agressive» 

 

            Toujours au chapitre fiscal, les multinationales qui ont des stratégies redoutables pour échapper à l’impôt sont maintenant dans le viseur des pays membres du G20.

L'autre dossier porté par le G20, le shadow banking, ce financement gris de l’économie, légal mais totalement hors de contrôle de la régulation traditionnelle, avec tous les risques de bulles qu’il comporte, est dorénavant dans le collimateur des pays membres du G20.

 

            * L’érosion Monétaire des Pays Emergents : Jusqu'à présent, les principaux problèmes au programme du G20 étaient liés aux importants mouvements de capitaux, des pays développés vers les pays en développement, provoqués par la crise financière de 2008. L'inversion récente de ces flux fait peser de nouvelles menaces sur la reprise mondiale. Le phénomène s'est accéléré ces dernières semaines alors que les investisseurs anticipent l'arrêt, d'ici à la fin de l'année, de la politique monétaire mise en place par la Réserve fédérale américaine (Fed) pour soutenir la relance. Résultat : le cours des devises de certains pays émergents a plongé. Comme l'avaient demandé jeudi les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), les banques centrales du G20 "se sont engagées sur le fait que les changements futurs de politiques monétaires continueront d'être calibrées avec prudence et clairement communiquées". Un message à la Réserve fédérale américaine, qui a annoncé la fin de sa politique ultra généreuse. Suscitant ainsi l'espoir de meilleurs taux sur les placements américains, la Fed a déclenché un exode de capitaux dans les pays émergents, et donc une chute de devises comme la roupie et le rouble. Mais Barack Obama a assuré aux pays émergents à l'occasion du G20 qu'il était conscient des conséquences des décisions de la Fed sur leurs économies, et qu'elles seraient prises progressivement. Les pays du G20 devraient donc se contenter de présenter des "stratégies budgétaires à moyen terme" visant à parvenir à une "croissance durable" après 2016. L'un des principaux objectifs de la Maison-Blanche est de convaincre ses partenaires de la nécessité de stimuler la demande mondiale.

 

            * Croissance Economique : Les chefs d'État et de gouvernement du G20 ont constaté, à l'issue du sommet de Saint-Pétersbourg, que "la reprise est trop faible et les risques persistent". Ils estiment donc que "le besoin le plus urgent est de renforcer la reprise mondiale et de générer une croissance plus forte et de meilleurs emplois".

Le communiqué final vient valider une nouvelle fois la priorité donnée à la croissance par rapport à la discipline budgétaire. Les dirigeants du G20 citent notamment parmi les risques "la croissance ralentie dans les économies émergentes, qui reflète dans certains cas l'effet d'une volatilité des flux de capitaux, de conditions financières plus difficiles et d'une volatilité des prix des matières premières". Les pays émergents,  Chine en tête, subissent actuellement un tassement de leur croissance, alors qu'ils ont constitué le moteur de l'économie mondiale ces dernières années. À ce phénomène s'ajoutent ces derniers mois d'importantes fuites de capitaux déclenchées lorsque la banque centrale des Etats-Unis à indiqué vouloir mettre fin à ses mesures exceptionnelles de soutien à la croissance.