Fini la Croissance à deux chiffres des pays Emergents

 

                                                          Par la Rédaction du Site

 

       Les marchés émergents décrochent avec violence, les indices boursiers asiatiques et sud-américains plongent, la roupie … La crise de cet été dans les pays dits « marchés émergents » a atteint un seuil proche de la récession ; l'Inde, le Brésil la Turquie et l'Indonésie ont tous annoncé des mesures d'urgence pour tenter d'éviter un effondrement de leur monnaie et de leurs marchés boursiers et obligataires. L'Inde, dont la roupie a perdu 15 pour cent face au dollar depuis le début de l'année, a annoncé des restrictions sur la quantité de monnaie que les particuliers et les entreprises peuvent envoyer à l'étranger. La Turquie a augmenté ses taux d'intérêts dans l'espoir de réduire la fuite des capitaux qui a fait chuter sa livre de 10 pour cent. L'Indonésie a annoncé des mesures pour augmenter la disponibilité du dollar sur ses marchés, augmenter les taxes sur les produits de luxe, et réduire les importations de pétrole. La roupie indonésienne a chuté de 8 pour cent cette année. Le directeur de la banque centrale brésilienne, Alexandre Tombini, a annulé à la dernière minute ses projets de se rendre à la conférence annuelle de la Réserve fédérale américaine (Fed) à Jackson Hole, dans le Wyoming, afin d'annoncer un programme de 60 milliards de dollars visant à arrêter la chute du réal. La monnaie brésilienne a perdu 20 pour cent de sa valeur face au dollar.

 

         La raison à cette cascade de mesures urgentes

 

              La détérioration financière des économies émergentes est liée à un ralentissement rapide de la croissance économique. Le Brésil, dont le PIB a augmenté de 7,5 pour cent en2010, avu son PIB n'augmenter que de 1 pour cent en2012. L'Inde, qui avait une moyenne de 8 pour cent de croissance annuelle entre 2006 et 2011, ne devrait avoir que 5 pour cent de croissance l'an prochain.

 

            Cependant, le fort ralentissement de ces économies comme celles d'autres pays en voie de développement, dont la Chine, est lui-même le résultat du déclin continuel aux États-Unis, en Europe, et au Japon. L'économie américaine augmente à peine, l'Europe est embourbée dans la récession et le Japon lutte pour enregistrer une croissance notable alors qu'il a adopté une politique radicale à haut risque de stimulation monétaire et de dévaluation du yen. Dans ces conditions, le boom des exportations et des biens de consommation qui avait porté l'économie réelle du Brésil, de l'Inde de la Turquie et d'autres pays ne peut que s'effondrer. L'injection massive d'argent à bas prix par les banques centrales des États-Unis, de l'Europe et du Japon sur les marchés financiers est en soi une tentative d'insuffler un peu de vie dans une économie mondiale qui est presque au point mort.

 

 

            Des Prévisions modestes de la BAD…..

 

            La Banque asiatique de développement (BAD) a révisé mercredi à la baisse ses prévisions de croissance pour la région. Sa prévision globale pour la croissance des 45 pays asiatiques en développement- allant de l'Asie centrale aux îles du Pacifique (45 pays, hors Japon notamment ) - a été ramenée à 6,1% pour 2012, contre 6,9% dans ses estimations précédentes, et 6,7% pour 2013 au lieu de 7,3%. En 2011, leur croissance avait été de 7,2%.

             « Le développement en Asie est bien plus lent que ce que nous escomptions. Le temps de la croissance à deux chiffres touche à sa fin», reconnaît Changyong Rhee, chef économiste à la BAD. " Selon la BAD, l'Asie émergente doit maintenant se préparer à connaître une période prolongée d'expansion modérée après des années de forte croissance.

 

            Aussi, "La baisse de la demande, notamment en provenance d'Europe, constitue un frein sérieux pour la croissance sur le court terme", explique Changyong Rhee, économiste en chef de la BAD. Si nous ne sommes pas vigilants, il est possible que la crise monétaire de 1998 se répète", a déclaré l'économiste de la Banque de développement asiatique (ADB), Iwan Jaya Azis. Cependant, la région reste toutefois la plus dynamique au monde.

 

            Par ailleurs, «La baisse du commerce et des investissements procèdent du rythme de croissance plus équilibré (de la Chine) et l’effet domino de ce ralentissement est clairement un motif d’inquiétude pour la région », a commenté l’économiste en chef de la BAD, Changyong Rhee. Il a fait état d’une « activité plus modérée dans la majeure partie de l’Asie en développement ». Les performances économiques ont même été « moyennes de façon inattendue » au premier semestre alors que le regain de santé de l’économie japonaise n’a pas eu d’effet vertueux significatif. La BAD prévoit une croissance de 7,7% cette année pour la Chine et de 7,5% en 2014 après 7,8% en 2012. Ces deux chiffres sont inférieurs à sa dernière prévision (avril) qui faisait état d’une croissance attendue de 8,2% et 8,0% respectivement.

 

            La conséquence de l’essoufflement de l’économie chinoise «mine les prévisions pour toute l’Asie de l’Est ainsi que, dans une moindre mesure, l’Asie du Sud-Est où les Philippines et d’autres grands pays de l’Asean (Association des nations d’Asie du Sud-Est) montrent par ailleurs une croissance solide», remarquent les auteurs du rapport. L’Asie du Sud, qui comprend l’Inde, croîtra de 5,6% (contre 5,7% prévus en avril) et 6,2% en 2014 (inchangé).

 

            La production industrielle chinoise a progressé à son rythme le plus faible depuis trois ans au mois d'août, pendant que l'excédent des comptes courants japonais plongeait de 40,6% en juillet, ont annoncé simultanément Pékin et Tokyo ce matin. Ces nouveaux chiffres officiels font craindre une fin d'année encore plus difficile que prévu pour ces deux grands pays de la zone Asie avec une révision à la baisse des perspectives de croissance. À ce rythme-là, la Chine pourrait enregistrer en 2012 son taux de croissance annuel le plus faible depuis deux décennies, pointent les économistes. En août, l'industrie chinoise a progressé de 8,9% contre 9,2% le mois précédent, confirmant le ralentissement rapide de l'atelier du monde. Désormais, la plupart des secteurs industriels sont touchés par la faiblesse des importations due à l'atonie de la demande en Europe, premier partenaire commercial de la Chine.

 

            La dépendance vis-à-vis du Vieux Continent est également une cause majeure de l'affaiblissement de l'économie japonaise, a indiqué le ministère des Finances nippon. Ce matin, Tokyo a révisé nettement à la baisse ses chiffres de croissance enregistrés lors du deuxième trimestre, confirmant un ralentissement plus fort que prévu de l'Archipel. Entre avril et juin, la croissance de la troisième économie mondiale a été de seulement 0,7% au lieu d'une prévision de 1,4%, a annoncé le gouvernement.

 

            En Inde, le taux de croissance se situe au plus bas depuis dix ans, soit 4,8 % au cours du dernier trimestre de l'année fiscale 2012-2013. Un chiffre inférieur à son taux d'inflation actuel qui se situe à 7 %.

 

      Selon le Bureau national des statistiques, la croissance pour l'année fiscale d'avril 2012 à mars 2013 fut de 5 %, contre 6,2 % l'année précédente et 9,3 % en 2011. Même anticipée par les analystes, la nouvelle a douché la Bourse de Bombay, où l'index Sensex a clôturé en baisse de 2,25 %. L'agriculture, colonne vertébrale de l'économie rurale indienne n'a crû que de 3,6 %. Près de 60 % de la population indienne vit de ce secteur qui contribue pour 23 % au PIB. Si l'Inde subit de nouveau une mauvaise mousson (de juin à septembre), le taux de croissance du secteur agricole pourrait souffrir plus encore. L'industrie manufacturière a connu une croissance modeste de 2,6 % alors que l'industrie minière a affiché une hausse de 3,1 %, contre 5,2 % l'an dernier. La croissance du capital-investissement pour 2012-2013 aralenti pour atteindre 3,5 % en mars 2013, contre 4,5 % l'an dernier pour la même période.

Mais tout n'est pas perdu, indique l'OCDE, qui table sur un taux de croissance de 5,3 % en2013. L'organisation estime que la croissance indienne pourrait reprendre vite, si les projets de libéralisation de l'économie, toujours en cours de discussion, étaient mis en œuvre. Selon une source du ministère des Finances, «ces mesures devraient prendre effet d'ici à la fin de l'année. Le gouvernement compte aussi sur la vente de parts dans les entreprises publiques pour raviver le marché boursier». Concrètement, « Les lents progrès des réformes nécessaires pour desserrer l’étau autour de l’économie » ne permettent pas à l’activité du pays de repartir. Ces mauvais chiffres sont un coup dur pour le parti au pouvoir, - le Congrès - élu, en 2009, grâce à l'appui du monde rural, sur le thème de la «croissance pour tous».  Par prudence, la BAD a  abaissé de 0,2 point sa prévision de croissance pour 2013, à 5,8%. Elle a néanmoins maintenu ses estimations pour 2014, à 6,5%.

 

            De même, la roupie indonésienne, en l'espace de deux mois, a en effet perdu près de 15 % de sa valeur par rapport au dollar.  La puissance de l'Asie en tant que source de croissance mondiale a décliné de 50 % au cours de ce dernier trimestre. En cause : les turbulences des secteurs financiers mondiaux et le ralentissement de la Chine. Iwan Jaya Azis estime que la situation de l'Indonésie reste à ce jour meilleure que celle de l'Inde ou de la Thaïlande. Mais il faut que le gouvernement demeure prudent quant à l'impact possible de la détérioration récente et rapide de l'économie de la Corée du Sud. Le vice-président d'Indonésie, Boediono, réfute, quant à lui, le terme "baisse de la roupie". Selon lui, c'est le dollar qui est en hausse : "Les implications pour les mesures à prendre sont différentes. Il ne faut donc pas nous tromper en définissant le problème qui se produit actuellement."

 

            La BAD note enfin que le tassement des taux de croissance dans la région a ceci de bénéfique qu’il limite l’inflation, laquelle devrait tourner autour de 3,5% cette année et 3,7% en 2014, au niveau de l’inflation de 2012. «Avec le recul attendu des prix des matières premières et une croissance amoindrie, les pressions inflationnistes dans l’Asie en développement seront généralement moins vives» que prévu, explique la BAD. Ce qui ne sera pas sans effet sur la dynamique de l’économie mondiale

         

    Prévisions optimistes selon le FMI…..

 

            L'Asie tirera encore cette année la reprise économique mondiale, écrit le Fonds monétaire international (FMI) dans son rapport annuel sur la région, publié lundi à Singapour.

Elle devrait afficher une croissance moyenne de 5,7 % en 2013 grâce à «un environnement extérieur meilleur et une forte demande domestique». « La consommation et l'investissement privé seront soutenus par un marché du travail favorable », souligne le rapport.

 

            En Asie de l'Est, la Chine va continuer à dominer le marché avec une croissance de 7,1 % cette année et de 7,5 % l'an prochain. Même si le FMI n'exclut pas un risque de ralentissement, c'est beaucoup plus que Hong Kong (3 % en 2013) et que la Corée du Sud(2,8 %).

 

            Quant au Japon, le Fonds salue la politique du nouveau premier ministre, Shinzo Abe, qui a fait de la lutte contre la déflation sa priorité. Son objectif d'inflation de 2 % en 2014 ou 2015 est une bonne chose, de même que sa volonté de mener une politique fiscale flexible, une politique monétaire plus agressive et des réformes de structure à long terme, lit-on dans le rapport. Rapport qui au passage remarque que des résultats ont d'ores et déjà été obtenus depuis le début de l'année. Mais il ne s'étend pas sur la baisse du yen, qui a perdu 20 % de sa valeur par rapport à novembre 2012 au grand dam des concurrents de l'Archipel qui y voient une concurrence déloyale.

 

            Les dix pays de l'Asean (Association des nations de l'Asie du Sud-Est) sont crédités d'une croissance de 5,5 % pour les deux ans à venir, mais quatre champions ressortent: le Laos (8 % de croissance pour 2013), le Cambodge (6,7 %), la Birmanie (6,5 %) et l'Indonésie (6,3 %). Toutefois, souligne le FMI, ces pays, et plus particulièrement l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande et le Vietnam, doivent renforcer leur intégration économique, qui reste leur principal moyen de résister aux crises

 

 

 

Réaction à la décision de la FED….

 

            Le sommet du G20 qui se tiendra la semaine prochaine en Russie débattra de la volatilité des marchés émergents liée à la perspective d'une réduction des achats de dette de la  Réserve fédérale américaine.

 

                La conviction, parmi ces intervenants, de l'interruption - même progressive - par la Fed de sa création monétaire (conduite à un rythme intense et sans précédent historique) déclenche donc des réajustements massifs au sein de leurs portefeuilles. Le mécanisme de transmission est aisé à comprendre. Dans le cadre de ses acquisitions de papier-valeurs, la Fed crédite les vendeurs qui procèdent alors à des réinvestissements de ces liquidités fraîches à leur disposition. De proche en proche, ces sommes transitent d'un acheteur à un vendeur - d'action, d'obligation, d'hypothèque, de bons du Trésor, d'un titre quelconque -, qui ont tous en commun le même objectif : rentabiliser leurs placements. La libre circulation des capitaux autorise bien évidemment cette quête du profit au-delà du pays émetteur de ces liquidités, c'est-à-dire hors des frontières américaines, notamment vers des pays émergents offrant un fort potentiel de croissance. Voilà qui explique l'appréciation des valorisations de la quasi-totalité des actifs (aux USA et dans le reste du monde) qui sont donc échangés à une cadence soutenue. Cette progression étant forcément d'une plus grande amplitude au sein des pays émergents, d'une part du fait d'une liquidité moindre, et d'autre part puisque pratiquement tout y est encore à faire. La fièvre saisit donc les acteurs de ces pays - consommateurs, entreprises et même les gouvernements - qui bénéficient à la fois d'une chute des coûts de financement induite par un afflux de liquidités, et d'une hausse notoire de leur niveau de vie allant de pair avec l'escalade de l'ensemble des valorisations. Conséquences favorables également pour les pays émergents qui pourront à leur tour intensifier leurs exportations vers la première puissance économique du monde, désormais en mode redémarrage. Pour autant, la menace fondamentale qui pèse sur ces pays ayant vécu au-dessus de leurs moyens, ayant plus importé qu'exporté et ayant emprunté massivement vis-à-vis de l'étranger, se décline en une balance des paiements très nettement déficitaire.

 

            Par anticipations et pratiquement du jour au lendemain, l'argent facile qui avait donné un coup de fouet aux économies émergentes a cessé d'affluer, et ces pays ont été frappés par une fuite massive des capitaux vers les États-Unis et d'autres pays dits développés. Les marchés financiers et investisseurs se retirent de ces nations du fait du tarissement du robinet des liquidités américaines, leurs valorisations comme leurs devises s'effondrent, pendant que leurs coûts de financement prennent le sens inverse. La croissance y ralentit inexorablement et, ce, en parallèle avec les effets stimulateurs des baisses de taux quantitatives. C'est à l'évidence les pays subissant d'importants déficits de leur balance des paiements qui seront le plus (et les premiers) atteints. Comme c'est les ménages et les entreprises contraints de refinancer leurs dettes à des taux défavorables qui seront le plus menacés. Et n'évoquons même pas les débiteurs en monnaie étrangère qui sont des morts en sursis du fait de l'effondrement de leur devise nationale. Les prix à l'importation sont donc condamnés à grimper, sachant que l'effondrement de leur monnaie nationale ne profite même pas à des exportateurs qui sont pénalisés par l'escalade de leur facture pétrolière. Le décrochage des actifs, des marchés et des monnaies des émergents est donc aujourd'hui susceptible de se transformer en une perte de confiance généralisée envers ces pays. Autrement dit, ces chutes - certes violentes mais encore contenues - risquent de tourner à la panique

            Globalement, une réduction et finalement un arrêt des opérations de création monétaire de la Fed, qui étaient imitées par les banques centrales de Grande-Bretagne, d'Europe, et du Japon, les taux d'intérêts ont remonté aux États-Unis et le flux de capitaux s'est inversé."Le changement de cap de la Fed aura plus agi comme un déclencheur que comme véritable cause de la crise actuelle, confirme un économiste en chef chez Natixis aux Etats-Unis. Le bilan macroéconomique de ces pays est plutôt mauvais. Les investisseurs ont 'pénalisé' les plus exposés au commerce, les plus dépendants au financement extérieur, mais ils ont aussi fui les pays où l'inflation et les comptes publics semblent mal maîtrisés.

            D'après la Société Générale, les fonds d'obligations et d'actions des marchés émergents ont enregistré un reflux net de respectivement 20 et 26,5 milliards de dollars au cours des trois mois précédant le 21 août.

 

            En juin, les investisseurs ont retiré des fonds d'obligations et d'actions des marchés émergents une somme record de 37 milliards de dollars. Durant la semaine qui s'est terminée le 21 août, 1,76 milliard a été retiré des fonds d'actions, soit plus du double de ce qui avait été retiré la semaine précédente. Les fonds ont reflué des marchés obligataires émergents durant 13 semaines consécutives. Durant la semaine qui s'est terminée le 21 août, 1,3 milliard supplémentaire a été retiré, soit presque 500 millions de dollars de plus que la semaine précédente.

 

            De nombreuses banques centrales ont cherché à inverser ou, du moins, à ralentir le déclin des monnaies en se servant de leurs réserves de devises étrangères pour intervenir sur les marchés. Les Banques centrales des pays dits en voie de développement ont perdu 81 milliards de dollars de réserves d'urgence du fait des fuites de capitaux et leurs interventions sur les marchés monétaires depuis le début du mois de mai.

 

            La Turquie a dépensé près de 15 pour cent de ses réserves depuis mai. Les réserves de l'Indonésie sont en baisse de 26 pour cent par rapport à leur pic de 2013. La fuite des capitaux et la chute des monnaies ont fait des ravages dans ces économies de différentes manières. Elles attisent l'inflation qui est déjà de 10 pour cent en Inde. Elles ont fait monter le coût des importations, y compris celui des ressources vitales comme le pétrole. Et elles augmentent le coût réel du remboursement des dettes contractées en dollars et autres monnaies étrangères.

 

            Dans bon nombre de ces pays, les banques et les grandes entreprises ont tiré avantage du taux de change relativement élevé de leur monnaie, dans une situation où la politique de la Fed faisait baisser la valeur du dollar, pour contracter des dettes en dollars. Maintenant, elles ont des difficultés à rembourser parce que cela leur coûte plus cher d'acheter des dollars avec leur monnaie nationale.

 

            De fait, la crise est particulièrement aiguë pour les pays qui ont constitué des déficits importants de leur balance des opérations courantes et se sont servis de l'argent facile qui affluait pour couvrir leurs dettes. Ils risquent maintenant l'insolvabilité. L'Inde fait partie des pays dans cette situation. Elle a un très important déficit de sa balance des opérations courantes et une importante dette publique. Le bruit court déjà que l'Inde serait en train de demander un prêt de renflouement auprès du Fonds monétaire international.

 

            Parmi les autres pays dans cette situation difficile, il y a le Brésil, la Turquie, l'Afrique du Sud et l'Indonésie. Cette dernière a récemment indiqué une forte augmentation de son déficit de la balance des opérations courantes au deuxième trimestre de cette année.

                

        Cependant les économies émergentes résistent mieux à la crise…

 

            Grâce à des niveaux de dette plutôt faibles et des politiques macroéconomiques plus solides, les pays émergents disposent de marges de manœuvres budgétaires supplémentaires et peuvent user plus facilement du levier monétaire même si plusieurs pays doivent faire face à des tensions inflationnistes. Le Brésil et l'Inde restant à ce titre emblématiques. Affichant les taux d'intérêt les plus élevés au monde, Brasilia a récemment inversé sa politique monétaire face au ralentissement mondial. Certains économistes citent aussi comme facteurs positifs sur la croissance la main-d'œuvre et le rattrapage de productivité.

 

                Il est donc difficile d'envisager une crise des pays émergents comme celle de 1997-2008? C'est peu probable. En 1997-1998, l'Asie de l'Est avait un problème général de compétitivité, dû notamment à un mauvais système de change (ancrage à un dollar en hausse depuis 1995), des déficits extérieurs massifs (financés par des capitaux peu stables et libellés quasi exclusivement en monnaie étrangère), une explosion du crédit privé (à l'origine de bulles diverses) et des systèmes bancaires fragiles. Toute l'Asie de l'Est fut touchée, même si la Chine résista mieux. Les marchés financiers jouèrent complètement la contagion en se basant sur la similitude des modèles de développement et le fort degré d'intégration économique et commerciale entre ces pays. Les autres zones émergentes furent affectées, par différents mécanismes de transmission : tarissement des flux de capitaux internationaux, difficulté à servir la dette en dollars, baisse des prix des matières premières à la suite de la chute de la demande asiatique, conduisant notamment aux défauts russe (1998) et brésilien (1999).

            La situation est très différente aujourd'hui. Pourquoi ? Parce que la robustesse des fondamentaux macrofinanciers des émergents, si elle a un peu décliné récemment, n'est pas, en moyenne, fortement remise en cause. La balance courante moyenne des pays émergents reste excédentaire, même si l'excédent est tombé de 4,9 % en 2006 à 1,4 % en 2012. La balance courante hors pays exportateurs nets de pétrole est, quant à elle, négative depuis 2008, mais, à – 0,9 % du PIB en 2012, elle est largement au-dessus des niveaux moyens des années 1990.

            Parallèlement, le niveau de la dette extérieure brute (qu'on la rapporte au produit intérieur brut ou aux exportations) a diminué en moyenne jusqu'à la grande crise. Depuis, il s'est stabilisé. Même si l'on exclut les pays du Golfe, le ratio dette extérieure brute/PIB est à peine au-dessus de 20 %, contre plus de 40 % à la fin des années 1990. De leur côté, les réserves de change ont progressé de façon plus rapide que la dette externe, même si l'on exclut les pays du Golfe et la Chine. Autres déséquilibres facteurs de tensions, l'inflation, qui se situait encore en moyenne à plus de 100 % au milieu des années 1990, est d'environ 4 % aujourd'hui, et les déficits des finances publiques se sont également réduits.