Rentrée difficile pour les marchés financiers

 

                         Par la Rédaction du Site

 

            L’été a été serein sur les marchés, malgré les craintes. Depuis fin juin, le CAC 40 apris 5,2% et le S&P 500 1,6%. Mais l’automne s’annonce chargée. Les inquiétudes sur les déclarations de la FED de réduire ses rachats d’actifs, le ralentissement de la croissance dans certains pays émergents, le brouillard dans la zone euro au niveau de la dette de certains pays, les législatives en Allemagne, la crise syrienne….ne présagent pas un bon démarrage des bourses.

 

            1) La décision de la Réserve fédérale par rapport au rachat de la dette :

                Les questions autour du calendrier, du rythme et des modalités du ralentissement des achats de titres de la Fed agitent les marchés depuis le mois de mai. De même, les conséquences des troubles géopolitiques sur le prix du pétrole et le rapport sur l’emploi publié seront déterminants pour la décision de la FED. De fait, le resserrement des conditions monétaires entraîné par la remontée rapide des taux d’intérêt à long terme pourrait peser sur le choix de la Fed. « L’inflation est toujours très basse, ce qui peut nourrir l’anticipation d’un délai», prévient de son côté Gilles Moec, chez Deutsche Bank.

                En effet, la perspective d'un début de retrait du programme d'assouplissement quantitatif ("QE3") de la Fed pèse sur le marché boursier depuis le mois de mai. Avec en plus les tensions géopolitiques et la crainte de frappes militaires contre la Syrie, Wall Street a connu en août sa plus forte baisse mensuelle depuis mai 2012. Dans le cadre du QE3, la banque centrale rachète chaque mois pour 85 milliards de dollars d'obligations du Trésor et de titres hypothécaires afin de maintenir des taux bas. En mai, son président Ben Bernanke a estimé qu'une confirmation de la reprise permettrait à la Fed de commencer à ralentir ses rachats d'actifs avant la fin de l'année. Depuis, chaque indicateur est scruté par le marché et, sans attendre, les taux longs sont repartis à la hausse.

                La crainte maintenant est que la baisse du QE3 se matérialise dès ce mois de septembre même si les indicateurs ne sont pas aussi vigoureux que l'aurait souhaité la Fed. "Les statistiques de cette semaine seront décisives pour les anticipations de début de retrait en septembre", observe Mike O'Rourke, stratège chez JonesTrading à Greenwich (Connecticut). La perspective du ralentissement des injections de liquidités de la Fed a pourtant déjà un impact sur l'économie réelle. Les taux hypothécaires remontés à leur plus haut depuis deux ans commencent à freiner le redressement du marché immobilier, tandis que les économistes se demandent si la remontée des taux d'intérêt ne va pas dissuader les entreprises d'investir et d'embaucher.

 

            2) La crise syrienne et la flambée du pétrole :

                Des frappes occidentales contre le pays pourraient renforcer l’aversion pour le risque et faire grimper l’or noir. La Syrie est certes un tout petit acteur sur le marché du pétrole, mais elle est entourée de voisins – notamment l’Irak – qui sont d’importants producteurs. Or une guerre en Syrie pourrait entraîner d’autres pays de cette zone dans le conflit, voire un embrasement régional, qui ferait alors grimper en flèche les cours du brut. Une montée brusque et surtout durable du baril pourrait avoir des répercussions sur la croissance, notamment dans la zone euro et sur les marchés émergents, déjà secoués et, en particulier, pour ceux dont la monnaie s’est fortement dépréciée comme l’Inde : la hausse du pétrole risque de se cumuler à l’effondrement de leur devise, renchérissant le prix des importations, ce qui a pour conséquence d’accroître leur déficit courant.

                De fait, les investisseurs restent attentifs à la situation en Syrie, où selon les Etats-Unis l'attaque chimique imputée au régime de Bachar al Assad a fait plus de 1.400 morts dans les faubourgs de Damas le 21 août. Le président Barack Obama a décidé de consulter le Congrès avant une éventuelle frappe, ce qui repousse toute initiative américaine au 9 septembre au plus tôt et laisse la France seule en pointe après, déjà, la défection du Royaume-Uni. La crainte de frappes imminentes avait fait décrocher les Bourses en début de semaine mais Mike Dueker, économiste chez Russell Investments à Seattle, ne voit pas cette correction dépasser les 10% et note qu'elle a été amplifiée par les volumes réduits du mois d'août.

                Les incertitudes géopolitiques ont aussi entraîné un regain de volatilité, avec l'indice Vix- aussi appelé le "baromètre de la peur" à Wall Street - qui a dépassé vendredi les 17 points pour atteindre un plus haut en deux mois. Le marché obligataire, dans le même temps, a bénéficié d'achats refuge qui ont permis de ralentir sa baisse à environ 0,5% sur le mois, selon l'indicateur de Barclays qui mesure l'évolution des rendements du papier américain noté en catégorie d'investissement. Sur l'ensemble du mois d'août, le Dow Jones a perdu 4,4%, le Standard & Poor's 500 3,1% et le  Nasdaq Composite environ 1%.

L'historique de Wall Street incite à la prudence pour les prochaines semaines : septembre est traditionnellement le plus mauvais mois de l'année pour les actions américaines, avec une baisse moyenne de 0,6% du S&P-500 sur les 62 dernières années.

 

            3) Les fragilités des pays périphériques de la zone euro :

               

                Le Portugal reste un pays sous surveillance. Les taux portugais ont grimpé. En outre, la troïka (UE-FMI-BCE) est attendue mi-septembre à Lisbonne. Elle devra trancher sur la capacité du pays à revenir sur les marchés l’an prochain. Aussi, l’Italie demeure un gros foyer d’incertitude, en raison du contexte politique. La Grèce est de nouveau dans le collimateur : il lui manque environ 10 milliards d’euros en 2014 et 2015. La zone euro pourrait devoir mettre la main à la poche une troisième fois.

                Les analystes n’attendent pas beaucoup de la BCE, qui devrait laisser ses taux inchangés, mais dont le discours sur la situation économique sera très suivi. Les investisseurs s’intéressent surtout à la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed), qui pourrait annoncer lors de sa prochaine réunion de mi-septembre un ralentissement de ses injections de liquidités en cas d’amélioration notable de l’économie.