Evénements marquant l’avènement de l’Indépendance de Djibouti

 

 

* Bref rappel géostratégique :

                                   

      - Superficie : 23 000 Km2

 

      - Situation Géographique : Située sur la Côte Ouest du débouché méridional de la Mer Rouge.

 

      - Convoitise géostratégique régionale: Djibouti est entourée par la Somalie, l’Ethiopie, l’Erythrée et le Yémen. Certains pays limitrophes tels que la Somalie et l’Ethiopie ont soutenu respectivement le FLCS (crée entre 1960 et 1963 par M. Harbi) et le MLD (à ne pas confondre avec le MPL qui est un parti crée en 1975 en opposition au parti UNI de Ali Aref). En 1977, les principales formations politiques se sont unies pour créer le RPI au grand désespoir de certains pays limitrophes.

 

      - Convoitise géostratégique internationale : la position géographique de Djibouti est convoitée par les grandes puissances occidentales car la position stratégique de la rade d’Obock constitue l’une des portes du détroit de Bab-El-Mandeb, véritable verrou sur la deuxième ligne maritime mondiale

 

      - Construction entre 1897 et 1917 du chemin de fer entre Djibouti et Addis-     Abeba (784 km dont 677 en Ethiopie)

                       

- Port de Djibouti et Port de Doraleh : Utilisation de ces ports en majorité pour les exportations des marchandises éthiopiennes

 

 

 

* Bref Rappel des événements politiques :

 

            - 1er référendum et le Premier rendez-vous historique raté pour l’accession à l’indépendance : l’année 1958 représente la Première Consultation Populaire pour l’Indépendance du pays. Elle se termina  par un échec car la colonie est devenue TOM (Territoire d’Outre Mer) malgré l’action menée par M. Harbi, H. Gouled et d’autres leaders en faveur de l’indépendance (inspirés de l’ascension à l’indépendance de la Guinée et d’autres pays africains tels que le Malgache). Ce référendum a permis de doter la Côte Française des Somalis d’une Assemblée Territoriale qui remplaça l’Ancien Conseil Représentatif. Des ténors de l’opposition siégeront dans cette Assemblée malgré des clivages relatifs entre M. Harbi et H. Gouled (plus modéré). Le 27 décembre 1958 H. Gouled devient Vice Président du Conseil (succédant à M. Harbi) qui sera remplacé à son tour en mai 1959 par Ahmed Dini qui se maintiendra jusqu’en 1960. Ce dernier sera renversé en 1960 par un vote de défiance. Nommé à la tête de la Vice-présidence du Conseil, le jeune Ali Aref semble être moins virulent que ses prédécesseurs Harbi ou Gouled pour le processus de l’indépendance nationale. Il prônait un statut « d’Autonomie Amélioré ».

 

            - 2ème référendum (consultation électorale masquée) ou le Deuxième rendez-vous raté de l’histoire de Djibouti à l’accession à l’indépendance nationale: le 19 mars 1967 sera l’année charnière car non seulement elle constitue l’échec de la deuxième consultation de la population mais, surtout, le résultat du référendum a permis l’adoption d’une nouvelle appellation de la CFS par TFAI (Territoire Français des Afars et des Issas). Malgré cette nouvelle appellation, Djibouti  reste sous la tutelle de la France avec un Conseil de Gouvernement dont le vice-président était Ali Aref Bourhan qui ne faisait plus l’unanimité au sein du Conseil en raison de sa politique pro-gaulliste, ce qui a attisé la révolte d’une partie de la population fragilisée par la pauvreté et la misère. Aussi, la visite du Président de Gaulle en août 1966 n’a pas été triomphante pour apaiser les tensions puisqu’il a été accueilli par des banderoles en faveur de l’indépendance. Cependant, cette période intermédiaire est une tournante dans l’histoire politique de Djibouti. Ainsi, elle s’est caractérisée non seulement par des regroupements de formations politiques (LPAI crée en 1974 par la fusion des partis de H. Gouled et de A. Dini) et de création de nouvelles formations parties en 1975 telles que le MPL et l’UNI mais, aussi, des tensions communautaires (1973, 1976) et de répressions violentes envers les indigènes.

 

 

            - 3ème référendum et le Troisième rendez-vous historique relatif à l’accession à l’indépendance nationale : le 8 mai 1977 sera l’année décisive car elle était la résultante de l’exaspération populaire après deux échecs au référendum. Cette exaspération populaire commençait à avoir des répercussions régionales en se traduisant par l’incident de Loyada en 1976 et la radicalisation du FLCS (Front de Libération de la Côte des Somalies fondé par M Harbi avec comme emblème des revendications nationalistes, l’actuel drapeau de Djibouti). De fait, le gouvernement Français de l’époque va accélérer le processus de l’indépendance. Déjà Le 25 mars 1976 J-F Poncet (Secrétaire aux Affaires étrangères) va s’enquérir en Egypte (Siège de la Ligue Arabe) de la position des pays arabes en faveur de l’accession à l’indépendance de la TFAI. Le 25 mai 1976, les trois formations politiques du TFAI ont signé trois déclarations identiques, à Paris, sur le processus d’accession à l’indépendance. Le 1er décembre 1976, l’Assemblée Nationale Française adoptait le projet de Loi sur l’accession du TFAI à l’indépendance. Cette accélération du gouvernement français dans le processus sera entachée de quelques tentatives de déportation des locaux (les indésirables ou population flottante accusée d’être venue gonfler les quartiers précaires en faveur de l’Indépendance) en dehors de Djibouti-ville et du vote d’une loi (19 juillet 1976) relative à la nationalité à une frange de la population non favorable à l’indépendance. La conférence d’Accra en Avril 1977 sous l’égide de l’OUA où tous les partis de l’opposition de la TFAI y ont participé pour créer une union autour du RPI (Rassemblement Pour l’Indépendance). Le référendum du 8 mai a permis à la TFAI d’accéder à l’Indépendance et de devenir la République de Djibouti le 27 juin 1977 (148ème membre de l’ONU, 49ème membre de l’OUA et 22ème membre de la ligue Arabe) dont le Premier Président sera H. Gouled et Ahmed Dini comme Premier Ministre.

 

 

* Enseignements Tirés de ces événements politiques :

 

      - Les différentes formations politiques ont réussi à minimiser progressivement (voir écarté) l’interventionnisme des pays limitrophes dans les dernières phases du processus de l’Accession à l’Indépendance. La rupture tant redoutée a laissé la place à des échanges politiques et économiques prospères.

 

      - La rupture avec le pays colonisateur n’a pas eu lieu contrairement à d’autres pays décolonisés. Au lendemain de l’Indépendance, une série des traités d’Amitiés, de Coopérations et de Défense ont été signés entre la France et la République de Djibouti.

 

      - Au sein de l’Administration publique, le transfert de compétence entre les anciens administrateurs français et les nouveaux administrateurs djiboutiens s’est faite progressivement.

 

 

Cependant, ces enseignements positifs cachent une réalité différente :

 

       - Le regroupement en formation politique unifiée d’avant l’indépendance (formant le LPAI en 1974) s’est scindé quelques années après l’indépendance. Le 4 mars 1979 (Dikhil), le président Gouled créé son propre parti le RPP (Rassemblement Populaire pour le Progrès) et, pour sa part, A. Dini fonda en 1981 le PPD (Parti Populaire Djiboutien)

 

      - De nouveaux regroupements de formations politiques ont vu le jour après l’Indépendance.

 

      - Les variables sociales représentées par l’Ethnie, la Famille, la Communauté ont écarté le djiboutien des valeurs de citoyenneté

 

A suivre

       Dans notre prochain article, nous reviendrons sur les clivages sociaux qui divisaient déjà la société djiboutienne avant l’indépendance et qui se sont transformés en affrontements violents en 1973 et 1976. Il faudra attendre la Deuxième République (1999) pour voir disparaître ces clivages autour non pas des variables (ethnique, familiale) mais, plutôt, des paramètres globaux tels que la Cohésion sociale (regroupée autour des valeurs religieuses, de principes de solidarités, de la citoyenneté…) et surtout, des grands projets économiques et sociaux qui fait l’union et la force de la Nation Djiboutienne tels que le Port de Doraleh, les projets sociaux financés dans le cadre de la microfinance, l’Education pour tous, la Santé pour tous, le Logement pour tous. Ces projets conduisent l’individualité à fusionner avec le collectif, la masse, pour faire jaillir la citoyenneté….bref, il reste à analyser le processus d’émergence du patriotisme djiboutien. Aussi, un regard critique sera porté, dans le prochain article, non seulement sur la capacité de l’administration djiboutienne à gérer les grandes préoccupations des critères de citoyenneté et du bien-être social et économique mais, aussi, de la gestion publique des affaires (gouvernance)…à suivre

 

                                                                       La rédaction du Site

 (Les idées développées dans cet article relèvent de la stricte responsabilité de la rédaction du site. Elles ont fait l’objet d’une synthèse de plusieurs ouvrages relatifs à l’accession à l’Indépendance de Djibouti).