La République de Djibouti :

 Après la souveraineté politique,

la conquête de l’indépendance économique

 

 Le 27 juin 2007, nous célébrerons le trentième anniversaire de l’indépendance de notre chère et jeune Nation.   Dans la vie d’un Homme, trente ans représentent une tranche de vie non négligeable. Pour nous Djiboutiens dont l’espérance de vie ne dépasse guère cinquante cinq ans, c’est plus que la moitié. Trente ans, c’est  aussi l’étape où l’on quitte la jeunesse pour accéder à l’âge de la maturité. Pour la majorité c’est le moment où certains ont déjà fondé un foyer, commencent à assumer leurs premières responsabilités en qualité de chef de famille et où ils observent émerveillés un enfant ânonner les mots magiques de papa ou maman. Pour quelques uns, c’est aussi l’occasion  de marquer une pause, de réfléchir et d’analyser  le parcours des années vécues et le sens qu’ils veulent donner à celles à venir. C’est également la période de la vie où l’on a le sentiment que rien ne peut résister à notre volonté. On est au faîte de sa puissance physique et de ses certitudes intellectuelles.

 

Mais, pour un pays, pour une nation, en voie de construction permanente, trente ans dans  son existence, ne représentent qu’une infinitésimale  étape. La nature d’une Nation c’est d’être un dessein toujours inachevé.   Chacun d’entre nous, quelque soit son rang, par son action de tous les jours, participe à son accomplissement.

Le 27 juin 1977 au terme d’une longue lutte, nous avons accédé à la souveraineté et rejoint    le concert des Nations.La Républiquede Djibouti naissait. Nous allions enfin, vivre, et vivre libre ! Cette victoire, avant d’être celle d’un pays ou d’un peuple, fut d’abord celle d’hommes et de femmes.  Au premier rang, il y a ceux qui  donnèrent le meilleur et le plus cher d’eux mêmes : leur vie. Mahmoud Harbi en est le symbole le plus célèbre. Son nom et celui de tous les autres, sont gravés pour toujours dans notre mémoire collective..  Il y a ceux qui ont été blessé dans leur chair. Il y a ceux qui ont vu leur liberté confisquée et il y a finalement ceux qui se sont vus couper les moyens de leur subsistance. Les plus intrépides ont cumulé les trois. Mais tous, ont survécu à  ces souffrances. C’est au plus profond de leur foi en la légitimité de leur combat et, dans l’espérance d’un lendemain meilleur que ces hommes et ces femmes ont puisé la force qui leur a permis de tenir et de vaincre. Il serait illusoire de les citer nominalement tous, tant ils sont nombreux.  Mais, il est un binôme qui s’est constitué entre 1973 et 1977 et qui fait exception. Il s’agit de Messieurs Hassan Gouled Aptidon et  Ahmed Dini Ahmed. Monsieur Gouled est devenu le Premier Président dela Républiqueet Monsieur Dini le premier, Premier Ministre. Tous deux ont œuvré à la consolidation de l’unité  nationale et à la réalisation d’une indépendance sereine. Malheureusement, une fois l’indépendance acquise, leur attelage au sommet de l’État n’a pas résisté aux difficultés inhérentes à l’exercice du pouvoir. Au mois de décembre 1977, Monsieur Ahmed Dini Ahmed  a présenté sa démission. Il a été remplacé par Monsieur Abdallah Mohamed Kamil, dernier Président du Conseil des gouvernements du temps dela France, et Ministre des Affaires Étrangères dans le gouvernement démissionnaire de Monsieur Ahmed Dini. En outre, à l’époque, il était le premier djiboutien diplômé de Sciences Po de Paris. 

Le Président Gouled, un homme exceptionnel

 

Parmi tous les hommes politiques de ce pays et de ce moment, Monsieur Gouled reste un homme à part. Plus qu’aucun autre, sa vie s’est confondue avec celle de son pays et de son peuple.  Il a été de tous les combats durant le quart de siècle précédent notre indépendance.  Il a été le symbole de  la nouvelle Nation et en  a exercé la magistrature suprême  de la date de l’indépendance au 7 mai 1999.

Dés le lendemain de l’indépendance, Hassan Gouled Aptidon, entouré d’hommes de sa génération ou d’autres beaucoup plus jeunes dans la trentaine, va diriger l’État naissant, avec autorité, sagesse, rigueur et générosité. Le premier Ministre Barkhad Gourag Hamadou accompagnera Mr Hassan Gouled durant le long de ses mandats. Il sera Premier Ministre jusqu'en 2001.

Consciente de sa fragilité, la jeune République va se donner la devise suivante : Unité – Égalité – Paix. Nous nous devions d’être unis pour sauvegarder notre pays. Cette exigence est encore valable aujourd’hui et elle le sera  demain et toujours. C’est une donnée intangible de notre existence. Mais cette unité ne peut se réaliser que si tous les citoyens sont égaux devant les lois dela République.  Lasomme des deux nous assurela Paix, sans laquelle rien ne serait possible. Tant de menaces extérieures nous guettaient. Nous ne pouvions pas permettre l’existence d’une déchirure intérieure.  Il faut se resitué dans la contexte de l’époque pour comprendre l’ampleur des défis qui attendaient notre pays.  Il ne s’agissait ni plus, ni moins que de la pérennité de son existence. Le monde était divisé en deux blocs. Chacun  voulait contrôler le plus d’espace possible. D’un côté le Bloc de l’Est  mené par l’URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques). De l’autre côté de l’échiquier, l’Ouest dit « le monde libre », mené par les États-Unis d’Amérique. Entre les deux un conglomérat d’États regroupés sous le titre de non alignés. Néanmoins, par la force des choses, chaque État faisait allégeance à l’un où l’autre Bloc. Le plus tragique, c’était de voir certains pays, passer successivement d’un ensemble à un autre. Souvent, ce passage s’effectuait au prix d’un bain de sang et de massacres effroyables.

 

Notre pays est petit par sa superficie et le nombre de sa population. Mais, il est grand par sa position stratégique.  Il est le gardien du flanc sud de l’une des voies maritimes les plus fréquentées au monde. Il s’agit de l’un des cinq  détroits maritimes dit d’intérêt mondial, le détroit de Bab el Mandeb, au point de rencontre entre le Golfe d’Aden etla Mer Rouge.Une grande partie du pétrole destinée à l’Occident y transitent ainsi qu’un volume non moins négligeable du commerce tricontinental (Europe, Afrique et Asie). Pour toutes ces raisons, la nouvelle République était plus que convoitée. Ajouter à cela, le fait d’être coincé entre deux grands États, qui se vouaient à ce moment là, une haine tenace. Il nous fallait en permanence trouver le parfait équilibre pour garder notre liberté intacte à l’abri de tous ces tumultes. D’ailleurs, aussitôt après notre indépendance, la guerre de l’Ogaden éclatait. Elle opposait l’Éthiopie qui n’était plus proaméricaine mais plutôt proche du bloc de l’Est, etla Somaliequi s’était émancipée de la tutelle de l’URSS. A l’époque,la Somaliedisposait de l’armée la plus puissante de l’Afrique Sub-saharienne.   Sans la sagesse du Président Gouled, cette guerre aurait pu nous déstabiliser.  Il n’en a rien été.

Le Président Gouled était un sage africain. La rudesse de la vie lui a tout appris. Le descendant de nomades qu’il était, savait par nature que la vie est un perpétuel arbitrage entre diverses options. Il sera d’abord et avant tout un pragmatique. Nous devons lui rendre hommage d’avoir fait quelque choix judicieux et lucides. Ces décisions se révéleront payantes pour la jeune République. Dés le lendemain de l’indépendance, Djibouti adhère à l’Organisation de l’Unité Africaine, la ligue  arabe et les Nations Unies.  Le Président Gouled aura surtout la grande sagesse de ne pas rompre avecla France,  l’ancienne puissance tutélaire de notre souveraineté. Aussitôt indépendant, le nouvel État signe avec cette dernière un accord de coopération économique, civile, culturelle et militaire. Cent quinze ans de vies communes créent des liens indéfectibles.

 

Parmi les décisions les plus éclairées qu’il fera citons celle qui est la plus importante : le choix de garder le franc de Djibouti quela Franceavait crée le 20 mars 1949 comme monnaie de la nouvelle République. Cette unité monétaire repose sur le système dit du Currency Board. Dans ce système pour chaque Franc de Djibouti émis,la Francedéposait dans un compte à la filiale américaine dela BNP, la FABC(French American Banking Corporation) la contrepartie en dollar. Au départ, le franc de Djibouti est indexé  sur l’or. Nous étions juste au lendemain des accords de Bretton Woods  (juillet 1944) qui ont instauré le système monétaire international qui en porte le même nom. Ce système reposait sur le couple or dollar et le FMI a été crée pour en assurer la gestion.

Mais, avec l’expansion inconsidérée du commerce mondial ce système ne pouvait plus tenir la route. Il n’était matériellement plus du tout possible pourla Banque CentraleAméricaine (FED) d’assurer et de garantir cette convertibilité or dollar pour tous ceux qui détenaient de dollars à travers le monde. Dans un premier temps, les États-Unis d’Amérique par la voix de leur Président Nixon, suspendent cette convertibilité en août 1971. Puis dans une deuxième étape, en 1973, ils déclarent la fin cette convertibilité. Ces deux décisions vont permettre à deux reprises la réévaluation du taux de change Dollar/FD. Le taux de conversion entre le dollar et le FD de Djibouti qui n’avait pas varié entre 1949 et 1971 et est resté stable à 214 FD pour un dollar, passe d’abord  août 1971 avec la déclaration de Nixon  à 197 FD pour un dollar  et ensuite à 177,721 pour un dollar en 1973 avec la fin officielle de la convertibilité or dollar.

                                        

En instaurant le système dit du « Currency Board »la Francevoulait faire de Djibouti une importante place commerciale et financière  dans la région pour contrer Aden à qui les anglais voulaient faire jouer ce rôle. Elle n’est pas parvenue à concrétiser cette ambition. Mais, elle a crée une  monnaie stable dans une région où l’instabilité était et continue d’être  la règle.

 

Le Président Gouled savait que le nouvel État, dépourvu de toutes ressources naturelles, avait un absolu besoin de cette monnaie. Le visionnaire qu’il était, avait compris que le franc de Djibouti pouvait devenir pour le nouvel État un outil de développement économique et financier et qu’il en constituera un fondement de la viabilité de ses échanges avec le monde extérieur. Le problème, c’est que pour garder le Franc de Djibouti, il faut d’abord convaincre la France de remettre aux nouvelles autorités Djiboutiennes la contrepartie en dollars US de la valeur du Franc de Djibouti en circulation, dite monnaie fiduciaire et déposée à la FABC. Pour cette délicate mission,  il fait appel à Monsieur Saïd Ali Coubèche.  Monsieur Coubèche était déjà à cette époque et ce depuis 1957, Président dela Chambrede Commerce de Djibouti. C’est un homme d’affaire avisé. Il est aussi un grand ami dela France. Maissurtout, il   est membre du Conseil Économique et Social de ce pays. Tous ces attributs font de lui le meilleur avocat pour une telle cause.  Pour être complet sur la question, il est nécessaire de rappeler que durant la phase de préparation  de l’indépendance (septembre 1976 à juin 1977), le Président Gouled avait noué des relations fortes et personnelle, empreintes de confiance et d’estime réciproque avec le dernier Haut Commissaire de la République Française, Monsieur Christian d’Ornano et Monsieur Olivier Stirn, Ministre délégué au DOM-TOM.  La conjugaison de tous ces éléments va faciliter la mission de Monsieur Coubèche. A l’issu d’une négociation laborieuse, notre pays va garder le Franc de Djibouti.Depuis, géré avec autant de rigueur que du temps de la France, le Franc de Djibouti continue d’être une base de stabilité économique cinquante huit ans après sa création. Dans l’histoire des monnaies, à l’exception de la Livre Sterling entre 1850 et 1914 soit soixante quatre ans, aucune autre devise n’a fait mieux en terme de stabilité. Une monnaie est toujours la traduction la plus réelle de la situation financière et économique d’un pays.

Une deuxième initiative qu’il convient aussi d’apprécier à sa juste valeur. Il signera avecla Franceun accord de défense au terme duquel celle-ci s’engage à assurer la sécurité extérieure du nouvel État en cas d’agression. Dans le cadre de cet accord,la Francemaintient une présence militaire. Elle était au départ de plus de cinq mille hommes appartenant à divers corps de l’armée française. Au fil du temps, la France pour des raisons financières qui lui sont propres a réduit ce nombre. Aujourd’hui, il n’est plus que de deux mille sept cents hommes. Cette présence militaire, outre sa fonction première qui est de participer à la défense du pays, va très vite  se révéler comme un atout économique de premier plan.  Durant ces trente dernières années sa participation à la formation du Produit Intérieur Brut (PIB) va osciller entre 50 et 25 %. Elle constitue aussi un important facteur de l’équilibre de la balance des  paiements, si nécessaire à la stabilisation de la monnaie.  Et pourtant ! Dieu sait, quel tollé, avait soulevé cette décision à ce moment là, auprès de certains de ses compatriotes pour des raisons idéologiques et auprès de certains pays environnants pour des raisons stratégiques. Le propre des grands hommes c’est d’avoir raison avant les autres.

 

Enfin, il signe avecla Francedes accords de coopération  militaire et civile qui vont permettre à des centaines de jeunes de poursuivre soit une formation militaire pour ceux qui ont choisi l’armée dans les écoles de guerre, soient  des études diverses dans les universités françaises pour d’autres. Cette nouvelle élite, aux côtés de celle qui avait combattu pour l’indépendance constituera le vivier dans lequella Républiqueva puiser pour raffermir son existence et construire son développement.

 

Sur le plan extérieur, il mènera une politique de bon voisinage avec l’ensemble des pays de la région. En 1986, Djibouti abritait son premier Sommet régional qui consacra la naissance de l’Autorité Intergouvernementale Régionale de lutte contrela Sécheresseetla Désertificationplus connue sous son acronyme anglais IGAD. Ont participé à cette conférence, les Chefs d’État de : l’Éthiopie, l’Ouganda,la Somalie, le Kenya, le Soudan et Djibouti pays hôte et qui abritera le siège de la future organisation. Monsieur Abdou Diouf, Président du Sénégal en sa qualité de Président de l’OUA a aussi participé à cette conférence. Une fois indépendant en 1993, l’Érythrée a rejoint l’organisation.

Djibouti se veut comme un élément de stabilité dans la région et toutes ces actions extérieures contribuent à la réalisation de cet objectif. La présence à sa tête d’un homme sage comme le Président Gouled lui permet d’assumer pleinement ce rôle.

 

Sur le plan intérieur il agira constamment pour renforcer la paix civile et la concorde entre les diverses communautés dela Nation.Le conflit du Nord qui éclate en novembre 1991 sera la première pierre d’achoppement de son action. Tout le pays vivra ce choc comme une douleur indicible. Aider par tous les Djiboutiens de toutes tendances confondues, le Président Gouled, fera tout pour contenir les combats dans la sphère géographique où ils ont éclaté. Nul ne s’avisera à les faire déborder de cet espace. Ni l’État et ceux qui le soutiennent, ni les rebelles et ceux qui sympathisent avec leur lutte.  Ce que j’ai coutume d’appeler le génie djiboutien, que chacun de nous porte au fonds de lui-même sans s’en rendre compte parfois, agira aussi pour endiguer ces hostilités. Ce génie, c’est ce sentiment d’appartenir tous à un même pays et ce quelque soit nos origines ethniques. C’est aussi cette idée gravée au marbre dans la conscience de chacun de nous, que notre pays est fragile et que nous devons tout faire pour ne jamais commettre l’irréparable. C’est aussi ce magma de métissage intercommunautaire, qui prend chaque jour d’avantage corps, participe à créer notre identité Djiboutienne et enfin constitue le ferment de notre unité. Pour tous ceux qui réfléchissent au devenir de cette Nation, il représente l’espérance la plus forte pour dépasser toutes ses divisons. Ce génie, c’est aussi, l’intime conviction que nous avons tous, qu’en dehors de ce pays, il n’y à point de salut pour qui que se soit d’entre nous.

Pour borner ce conflit, l’État a massivement mobilisé. Cette mobilisation a eu un coût économique important. Au bout de deux ans et demi les belligérants comprendront que cette guerre fratricide ne mènera nulle part. Les deux parties se mettent d’accord pour refuser toute médiation étrangère afin d’éviter tout parasitage. Ils négocient directement entre eux  en tant qu’enfants d’une même Nation. Le 26 décembre 1994, après moult discussions, ils signent les accords d’Abha.  Nom de la localité où a été paraphé l’accord de paix. Ce  document de concorde n’a été signé que par l’aile militaire de la rébellion. Il faudra attendre le 12 mai 2001 pour voir la paix restaurer complètement sur l’ensemble du territoire avec l’accord scellé avec l’aile politique.

 

Les origines du conflit sont politiques et institutionnelles. Il y a d’abord le  refus du parti unique qui a géré le pays depuis l’indépendance. Alors, parallèlement à la mobilisation pour défendre l’intégrité du territoire, le Président Gouled va entreprendre la première grande réforme institutionnelle. Le 4 septembre 1992, les Djiboutiens sont appelés à se prononcer pour ou contre la nouvelle constitution qui instaure un multipartisme limité à quatre partis. Le choix de ce nombre est fait pour éviter les démons du tribalisme. Bien entendu, cette situation est transitoire. Elle ne doit durer que   dix ans. Le temps que l’on a estimé nécessaire pour faire l’apprentissage de la démocratie. En septembre 2002, comme prévu, le multipartisme intégral entre en application.

 

En 1993, Djibouti va vivre sa première élection présidentielle pluraliste. Le Président Gouled face à quatre autres candidats l’emportent haut la main. Les quatre autres candidats sont : le regretté Mohamed Djama Elabé, Monsieur Aden Robleh Awaleh, Monsieur Ahmed Ibrahim et enfin Monsieur Moussa Tour-Tour.

 

En avril 1999, le Président Gouled conscient que le poids des années commence à peser sur lui, décide de ne pas solliciter un nouveau mandat à la fin de celui qu’il a entamé en 1993. Après vingt deux ans de bons et loyaux services, de lui-même, il quitte la fonction. Cela aussi l’histoire le mettra à son crédit. Ce qui est de prime abord naturel dans les vieilles et grandes démocraties, est une exception chez nous en Afrique et dans le monde arabe. Dans ces pays, les dirigeants s’arc-boutent au pouvoir même s’ils ne peuvent plus en exercer aucun des attributs. Souvent, c’est une image pathétique qu’ils donnent d’eux-mêmes et grotesque de leur pays. Il y a quelques mois de cela, le 21 novembre 2006, Dieu la rappelé à sa demeure éternelle. Le peuple  reconnaissant pour son œuvre lui a décerné le titre de « Père dela Nation ».

 

Face au  désistement du Président Gouled, le Rassemblement Populaire pour le Progrès (RPP), le premier parti du pays et qu’il avait crée le 4 mars 1979 à Dikhil ville symbole de l’unité, choisi tout naturellement Monsieur Ismail Omar Guelleh comme candidat à l’élection présidentielle d’avril 1999. Le RPP a toujours dominé la vie politique nationale. Il est aussi le premier parti en terme d’influence. Entre mars 1979 et septembre 1992, en tant que partie unique, il a été le creuset de l’unité nationale.  Le candidat qu’il a désigné n’est pas un inconnu pour les Djiboutiens. Il est issu d’une grande et vieille famille Djiboutienne. La famille Guelleh Batal. Son arrière grand-père était membre de la délégation des chefs coutumiers issas qui ont négocié avec les autorités françaises leur implantation dans la rade de Djibouti à la fin du dix neuvième  siècle.  Son père cheminot, était affecté à Diré-Dawa en Éthiopie lorsqu’il est né le 27 novembre 1947. Après des études primaires dans la ville de sa naissance, il revient à Djibouti pour faire ces études secondaires et intègre très jeune, dés 1964 la police de l’air et des frontières sous le mandat français. Doter d’une conscience politique très forte, il refuse le fait colonial. Les autorités françaises vont très vite se rendre compte du danger qu’il représente. Ils vont mettre un terme à son appartenance à la police de l’air et des frontières en 1974.  Il aura alors les coudé franches pour s’impliquer pleinement aux côtés d’hommes et de femmes de sa génération dans le combat pour l’indépendance. Le Président Gouled, alors chef de l’opposition et en lutte contre la présence française va le prendre dans son équipe. Grâce à ses aptitudes de négociateurs, il va faire partie des diverses commissions qui discutent des modalités de l’indépendance avecla France.

 

Lorsqu’Hassan Gouled Aptidon, devient Président de la République, il devient le Chef de cabinet en charge de la sécurité intérieure et extérieure du pays. A cette charge là, il est  aussi le point de liaison entre le Président dela Républiqueet l’ensemble des acteurs politiques du pays. Il restera à ce poste d’action et d’observation jusqu'à ce jour de février 1999 où le RPP le choisit comme son candidat à l’élection présidentielle.

Lorsque le conflit du Nord éclate en novembre 1991, en charge des questions de la sécurité, il est en première ligne. C’est aussi lui qui sera le véritable instigateur des accords d’Abha qui feront taire les armes. C’est ce double talent, d’homme capable de faire face à l’adversité pour défendre l’intégrité nationale, mais aussi, de faire le choix du dialogue le moment venu  et de mener les négociations de paix  et qui ont abouti aux accords d’Abhaa, qui feront de lui aux yeux de membres de son parti, le candidat le plus apte à assumer les charges de Premier Magistrat.

Monsieur Ismail Omar Guelleh,  Président de la République

 

Avant d’accéder à la Magistrature Suprême, et de par sa fonction, Monsieur Ismail Omar Guelleh n’était pas sur le devant de la scène politique nationale. Membre du bureau politique du RPP, il s’occupait des questions culturelles.  En ce mois de février 1999, lorsqu’il devient candidat du premier parti nationale, c’est l’image d’un homme discret, réservé et affable qu’ont de lui les Djiboutiens. La campagne électorale qui débute, va révéler un homme politique exceptionnel. Les Djiboutiens découvrent d’abord un tribun hors pair.  Un débateur formidable. Le plus inattendu pour une majorité qui ne le connaissait pas, un vrai  polyglotte. Pendant cette campagne, il va manier les langues, les concepts et les idées politiques comme rarement homme politique Djiboutien ne l’avait fait avant lui. Il va mener sa campagne tambour battant à un rythme effréné. Face à lui, l’opposition se regroupe et désigne Monsieur Moussa Ahmed Idriss. Le 9 avril 1999, à l’issu d’une campagne électorale intense et à laquelle les Djiboutiens n’avaient jamais assisté dans le passé, il est élu avec 74 % des suffrages exprimés. Il devient le deuxième Président de la République.  Le 8 mai, il prend en charge la plus haute fonction de l’État.

 

Dans le  premier Gouvernement qu’il forme, on trouve des anciens dont  l’expérience constituent le gage d’une certaine continuité et des nouveaux venus qui marquent une certaine rupture. L’inamovible Premier Ministre, Monsieur Barkat Gourad Hamadou en poste depuis septembre 1978, est maintenu ainsi que certains hommes politiques. Mais, de jeunes Ministres font leur entrée au Gouvernement. Le fait le plus nouveau  c’est l’arrivée de la première femme Djiboutienne au Gouvernement. Cette nomination ne sera qu’un prélude à un énorme développement du rôle de la femme au sein de la société Djiboutienne et de toutes les instances dirigeantes. Il mettra aussi en œuvre la Stratégie Nationale pour l’Intégration de la Femme et fera voter un code de la famille révolutionnaire à plus d’un titre. Il va aussi instaurer un prix annuel pour les trois femmes les plus méritantes et qui auront contribuées positivement à l’évolution de la société. Le Président veut créer une forme d’émulation.

 

Lors du premier Conseil des Ministres de son nouveau gouvernement voici ce qu’il exige de chacun : « Le 09 avril 1999, en adhérant à mes propositions et en votant en faveur de macandidature à la fonction suprême de chef de l’État, nos concitoyens m’ont fait l’insignehonneur de m’accorder leur confiance et m’ont mandaté pour mobiliser toutes lesénergies et les moyens nécessaires à notre pays pour reconquérir l’avenir……Le Gouvernement que j’ai formé et dont vous faites parti, Madame et Messieurs, et qui bénéficie, par délégation, de cette confiance nationale, doit faire preuve d’efficacité et de rigueur, d’autant plus grandes que les aspirations auxquelles je dois répondre sont plus fortes”.

Reconquérir l’Avenir

 

Depuis sa prise de fonction le 8 mai 1999, il fera tout pour « Mobiliser toutes lesénergies et les moyens nécessaires à notre pays pour reconquérir l’avenir». Deux grands dossiers attendent le nouveau Président de la République. Sur le plan extérieur l’instabilité régionale et qui peut à tout moment déborder chez nous. Il s’agit principalement du problème de la Somalie pays voisin et frère. Sur le plan interne ce sont les questions économiques et financières et cette paix signé avec l’aile militaire et qui a un goût d’inachevé

 

Pour ce qui concerne la Somalie, dans sa première interview en tant que Chef de l’État dans un grand organe de presse international en l’occurrence « Jeune Afrique », il fait un  exposé fort argumenté qui prend appuie sur l’histoire et les données culturelles de la Somalie pour expliquer les raisons de l’échec de la mise œuvre de l’État dans ce pays. Toutefois, il ne se contente pas uniquement d’apporter une explication. Au mois de septembre 1999, lors de son premier discours devant l’Assemblée Général annuelle des Nations Unies, il fait preuve d’un grand courage. Il attaque en des termes vigoureux  les seigneurs de guerre qui sont responsables du calvaire  que vit le peuple somalien depuis la chute du régime de Siad Barré en 1991. Huit ans de martyre et le Monde assiste impuissant à cette situation. Les Djiboutiens avec l’élection présidentielle avait découvert en leur Président les qualités d’un homme politique.  

Avec son discours à la tribune des Nations unies, et son programme de sortie de crise de la Somalie,  ils voient émerger un homme d’État. Les choses vont très vite s’enchaîner et dés le mois d’avril 2000, bien que la situation financière du pays soit difficile, Djibouti à l’initiative de son Chef de l’État accueille la conférence de réconciliation de la Somalie. Contrairement à toutes les autres conférences qui faisaient appel aux détenteurs de pouvoirs, celle-ci est tout à fait à inédite, elle regroupe les forces vives du peuple somalien. Plus de sept cents délégués venant de toute la Somalie vont discuter entre eux âprement et ce jusqu’au 26 août 2000. Le Chef de l’État et les autorités Djiboutiennes n’intervenant que lorsque la situation se bloque ou se crispe au point de faire capoter l’initiative. Le 27 août 2000, devant un parterre de Chef d’État de la Région, Monsieur AbdoulKassim Salat Hassan, âgé de 58 ans et ancien ministre dans le Gouvernement de Siad Barré est élu Président de la Somalie. Il est aussitôt reconnu par la communauté internationale. Un gouvernement et une assemblée constituante sont formés. Tout ce monde s’installe dans la localité voisine de Benadir car les seigneurs de guerre contrôlent toujours la capitale Mogadiscio et fustigent ce nouveau pouvoir.   En mettant en œuvre ce processus et en le menant jusqu’ à son terme, la République de Djibouti  et son Président ont accompli plus que leur devoir. Il appartenait à la communauté internationale d’entreprendre le sien en soutenant par la force si nécessaire l’installation de cette nouvelle autorité la plus légitime, au regard du contexte dans lequel se trouvait ce pays. Avec des moyens réduits, ce gouvernement va fonctionner vaille que vaille. Mais, très vite, les vieux démons du tribalisme vont reprendre le dessus et ce pays qui ne le mérite pas, va à nouveau sombrer dans l’apocalypse. Le plus inacceptable dans ces luttes fratricides de la Somalie, c’est le fait que Dieu, l’histoire et la géographie l’ont doté d’une unité linguistique et religieuse comme aucun autre pays d’Afrique. Rien ne justifie un tel déchaînement de violence, si ne ce n’est ce maudit tribalisme et  l’ego de certains hommes politiques.

                      Hassan Gouled  Aptidon a réalisé l’indépendance politique, Ismail Omar Guelleh veut concrétiser l’indépendance économique.

 

Le deuxième grand sujet auquel va s’attaquer le nouveau Président est d’ordre interne. Il s’agit  des questions d’économie, de finance, d’éducation, de santé et de justice. Le Président Gouled a réalisé l’indépendance politique. Monsieur Ismail Omar Guelleh se fixe l’objectif de concrétiser l’indépendance économique.

 

Le conflit interne qui a éclaté en novembre1991 agrevé lourdement les finances publiques. Dans un premier temps, le gouvernement de l’époque va puiser dans le compte de réserve dont dispose le nouvel État. Mais, très vite, il va fondre comme neige au soleil face à l’ampleur de l’effort de guerre. Puis on fait appel à l’aide de certains pays amis qui répondent favorablement mais pas à la mesure des besoins. Pour faire face à la dégradation des finances publiques on institue alors la contribution patriotique de 10 % sur l’ensemble des revenus.

 

Le fracas des armes qui ne crépitent plus à partir du 26 décembre 1994, ne signifie pas du tout, la fin des difficultés économiques et financières du pays. Bien au contraire, la paix a un coût bien plus élevé.  Ceci est paradoxal, mais uniquement en apparence.  La guerre a un prix, c’est celui du sang, des dégâts matériels et des charges inhérentes à la mobilisation. Cependant, la facture de la paix signée le 26 décembre 1994, sera nettement plus considérable. A l’inverse de la guerre dont les fonds sont utilisés pour détruire, l’argent nécessaire à la  paix est consenti pour construire. Djibouti dans cette nouvelle phase et pour faire face à la dégradation de la situation de ses finances publiques, fait appel au Fonds Monétaire international (FMI). Au mois d’avril 1996 un accord dit de Stand by est signé avec le FMI. Cet accord prévoit la mise en œuvre d’une série de réformes économiques soutenues par les ressources du FMI. Ce programme prend fin en mars 1999, à la veille de l’élection présidentielle.

 

Le nouveau Président, conscient des difficultés qui l’attendent demande à son Ministre de l’Économie et des Finances d’entreprendre des négociations avec le FMI pour mettre en place une Facilité d’Ajustement Structurel Renforcé (FASR). En moins de six mois, le cadre du programme est négocié entre les Autorités financières et monétaires du pays et les experts du FMI.  Le 18 octobre 1999, le Conseil d’Administration du FMI approuve la FASR qui va par la suite s’appeler Facilité pour la Réduction de la Pauvreté et pour la Croissance(FRPC). Le FMI et la Banque mondiale ont compris que la lutte contre la Pauvreté devait être  l’objectif premier de tout programme de réformes économiques. Les évaluations de la FASR faites dans les années quatre vint dix ont mis en exergue le fait que certains programme de réformes avaient amplifiés la pauvreté. Il est devenu plus que nécessaire de prendre en compte cet aspect. En outre, dans la FRPC ce ne sont plus les experts du Fonds qui décident du contenu du programme économique de réforme mais les responsables du pays qui  déterminent les objectifs qu’ils veulent réaliser et les moyens qu’ils sont en mesure de déployer et de fournir pour les atteindre. La FRPC est un programme économique beaucoup important que l’accord de Stand by et ce déroule sur trois ans.

Toutes les actions appuyées par les ressources de la FRPC, avaient pour objectif de faire du secteur privé  le moteur de la croissance, ce qui est la vocation de Djibouti. 

Pendant cette période et parallèlement, tout en agissant sur les facteurs économiques, le Président de la République n’oublie pas aussi le facteur politique. Il demande à Monsieur Dileitta Mohamed Dileitta, notre ambassadeur en Éthiopie à ce moment là et à Monsieur Ali Guelleh, son Chef de cabinet d’entrer en contact avec Monsieur Ahmed Dini Ahmed, Chef de l’aile politique de la rébellion pour entamer des négociations de paix. Au mois de février dans un hôtel parisien un accord cadre est paraphé entre les deux parties. Et le 12 mai 2001 est signé à Djibouti au palais du peuple, l’accord de paix avec l’aile politique de la rébellion, mené par Monsieur Ahmed Dini Ahmed et qui scellera définitivement la paix des cœurs. Entre temps le 4 mars 2001, Monsieur Dileita Mohamed Dileita devient Premier Ministre en remplacement de Monsieur Barkat Gourad Hamadou qui   se retire de la vie politique après avoir exercé de septembre 1978 à mars 2001, la fonction de Premier ministre.

Le Président Guelleh met tout en œuvre pour réaliser un vieux rêve

 

Dans un monde de plus en plus globalisé, les réformes économiques, monétaires, financières et institutionnelles sont un mal nécessaire. Face à la mondialisation et à laquelle personne ne peut échapper, les grandes puissances comme les petits pays, les réformes constituent l’indispensable adaptation à ce monde changeant. Conscient de cette réalité, le Président dela République, accepte de les mettre en œuvre. Les réformes engagées dans le cadre dela FRPCvisaient les objectif suivants : 1/ Assainir les finances publiques ; 2/ Améliorer les fondements économiques du pays ; 3/ Réduire le chômage ; 4/ Relever le revenu par habitant ; 5/ Faire reculer la pauvreté ; 6/ Améliorer les indicateurs sociaux ; 7/ Conforter la viabilité extérieure 8/ et enfin Raffermir les institutions en charge de la bonne gouvernance  afin d’instaurer un État de droit et un climat sain pour le développement des affaires. Le tout devant placer l’économie sur un sentier de croissance élevée et soutenue.

 

Ces réformes économiques et institutionnelles sont importantes et vitales. Elles contribuent à l’amélioration de la situation économique. Elles confortent l’harmonie et la paix sociale.  Mais, le nouveau Président de la République, depuis le premier jour de son accession à la tête de l’État, ambitionne  que son pays fasse un saut qualitative et quantitative important. Ces réformes seules ni suffiront pas. Ce rêve, cette ambition,la Francel’avait déjà nourri en mars 1949 lors de la création du Franc de Djibouti sans y parvenir. Entre 1977 et 1999, plusieurs tentatives ont eu lieu pour le réaliser mais sans succès.  Cette fois-ci le nouveau Président dela Républiqueest déterminé à le concrétiser. Faire de Djibouti, le cœur économique et le point de rencontre des échanges commerciaux de trois continents : Afrique – Asie – Europe. En d’autres termes, faire de Djibouti une plate forme incontournable de ce commerce tricontinentale. En juin 2000, c’est le déclic de ce projet : le Port de Dubaï prend la gestion du Port de Djibouti.

Monsieur John Fewer de nationalité américaine devient le premier Directeur Général du Port de Djibouti nommé par Dubaï. Une semaine après sa prise de fonction, Monsieur Fewer développe dans le journal la Nation, les raisons de cet accord et la stratégie d’action qu’entend mener le port de Dubaï pour le Port de Djibouti. Il affirme : « La finalité du contrat de concession avec le Port de Dubaï, qui gère déjà celui de Djedda et de Beyrouth c’est de créer une synergie entre ces importants points de passage d’un trafic maritime qui va des États Unis à Singapour ». Il s’agit de capter encore davantage de part de ce trafic. Dans cette stratégie, le Port de Djibouti, doit servir comme  point  de relais et d’éclatement pour les marchandises à  destinations de l’Afrique septentrionale et australe. L’idée est de permettre aux compagnies maritimes de gagner du temps, donc de l’argent sur les escales à effectuer. Monsieur Fewer estime que le Port de Dubaï apportera au Port de Djibouti tout son expérience et son savoir-faire dans différents domaines. Dans l’immédiat, le Port de Dubaï veut s’atteler aux tâches suivantes : i) Évaluation de chaque secteur du Port ; ii) Formation du personnel ; iii) Informatisation de nombreuses fonctions qui sont faites manuellement et qui peuvent être automatisées, il faut gagner en compétitivité ; et enfin iv) Conception d’un système de traitement des marchandises. 

Le résultat de cette stratégie c’est de réaliser les 5 à 7 % de croissance actuelle du trafic maritime, mais aussi, de gagner plus de marché. Monsieur Fewer n’oublie pas de rappeler que cet objectif restera difficile, car, la concurrence des ports de la Région comme celui d’Aden qui a conclu un accord de partenariat avec Singapour, premier port mondial  et celui de Salalah à Oman qui est géré par MAERSK numéro un du trafic maritime, sera rude. C’est une invitation aux agents du Port de Djibouti à se retrousser les manches. A partir de cet instant, l’économie Djiboutienne va sortir du cercle vicieux dans lequel elle se débattait depuis 1992 pour entrer dans  un cycle de croissance économique.

Cette alliance ayant démontré son utilité pour les deux parties, Djibouti et Dubaï  décident de l’élargir et de l’approfondir. En juin 2002,  Djibouti a donné la gestion de l’aéroport de Djibouti à Dubaï. Et, en juin 2003, Dubaï a décidé de financer la construction du nouveau port de Doraleh. Le mercredi 11 juin 2003, le Président de la République de Djibouti, accompagné du Directeur Général du Port de Dubaï, Monsieur Sultan Ibn Sulayman inaugure les travaux de lancement du Port pétrolier de Doraleh. Le terminal dont le coût d’investissement est de 50 millions USD n’est que la première partie des travaux annexes de ce port d’une valeur globale de 400 millions USD et que le Directeur Général du Port de Dubaï s’est engagé à financer. En septembre 2005, le premier pétrolier a accosté au port de pétrolier de Doraleh.

Lors du discours d’inauguration, le Président de la République a estimé que « le Port de Doraleh inscrira l’économie Djiboutienne sur une trajectoire de croissance ». Ce site offre l’avantage d’être un port naturel qui s’ouvre directement sur des eaux profondes. Doraleh offre un tirant d’eau de 20 mètres indispensable pour l’accostage des super gros navires.  L’actuel Port ne permet pas cela en raison d’un tirant d’eau de 12.5 mètres. Il sera l’unique port de la région à même de recevoir les navires porte contenaire de la quatrième génération pouvant charger plus de 8 000 conteneurs.

La tragédie du 11 septembre 2001 renforce la position géostratégique de Djibouti

 

Entre temps est survenue la tragédie du 11 septembre 2001 qui a complètement bouleversé les relations internationales et les données géostratégiques.  Plus que jamais, notre pays situé  au cœur d’une des régions les plus fragiles, apparaît comme un élément de stabilité qu’il faut non seulement asseoir mais aussi renforcé. Nous devenons objet de toutes les sollicitudes des grandes puissances dans la lutte contre  le nouveau cancer du vingt et unième siècle qu’est le terrorisme international qui transcende les frontières. Cette nouvelle donne se traduit par l’afflux d'une manne financière conséquente. Ces fonds seront affectés d’abord à la lutte contre la pauvreté et à l’amélioration des conditions de vies des Djiboutiens. Ainsi les salaires de la fonction publique qui connaissaient des retards endémiques  sont versés avec une régularité exemplaire.

 

Ce qui caractérise l’économie de notre pays c’est d’être complètement extravertie. Les services représentent plus de 80 % du PIB, l’industrie entre 15 et 17 et enfin l’agriculture et l’élevage moins de 3 %.  Elle dépend énormément de facteurs extérieurs, dont nous ne maîtrisons nullement les données. C’est une situation dangereuse, handicapante et à la limite aliénante. Toute l’action du Président dela Républiquesera d’ abord dans un premier temps de diversifier cette dépendance. Et dans une deuxième étape mettre en œuvre les structures économiques d’un développement endogènes. Ce que certains appellent la « Dubaïsation » de l’économie Djiboutienne n’est que la traduction de cette nouvelle stratégie économique. A terme,la Républiquede Djibouti doit devenir attractive. Elle doit être à même d’offrir à tout investisseur à la recherche d’opportunités d’investissements un environnement des affaires qui soit le plus le sain et le plus optimal pour son investissement : Sécurité et Rentabilité. Il est indispensable de consolider  cette attractivité. Cela ne peut se faire qu’au travers de réformes économiques et institutionnelles. Mais aussi par la consolidation des toutes les infrastructures.  L’énorme complexe portuaire de Doraleh (Port pétrolier déjà en activité, Terminale à contenaire et zone franche en voie de réalisation) participent de cette politique. Actuellement, débouché naturelle de l’Éthiopie, Djibouti  avec le Port de Doraleh ambitionne de devenir le premier  port de l’Afrique de l’Est. Notre appartenance àla COMESAdont nous avons assuré avec succès le XI eme Sommet en novembre 2006, l’un des plus réussis selon les participants, s’inscrit dans cette vision. Rien n’est fait au hasard. Tout s’articule autour de la réalisation de cette grande ambition qui est de placer Djibouti au centre des enjeux économiques régionaux : Devenir incontournable.

Priorité absolue à l’Éducation et à la solidarité

 

Aucun projet de quelque nature qu’il soit, ne peut voir le jour, réussir et devenir pérenne s’il n’est porté par des hommes et des femmes instruits, éduqués et expérimentés. C’est Jean Bodin, philosophe français du XVI eme siècle qui disait que dans un pays : « il n’est de richesse que d’hommes ». La vraie richesse de tout projet ce sont d’abord les hommes et les femmes qui le portent. Dés son accession à la tête de l’État, le Président de la Républiqueva faire de l’Éducation une priorité absolue. Ceci  se manifeste dés la publication du décret relatif à la formation du nouveau Gouvernement. Le Ministère de l’Éducation nationale habituellement relégué entre la dixième ou quinzième place, occupe le troisième dans celui formé par le tout nouveau Président le 12 mai 1999. Cet ordre protocolaire n’est pas du tout anodin. La solidarité Nationale et l’Éducation vont devenir le socle de l’action du nouveau Président. Au mois de novembre 1999 sont organisés les États Généraux de l’Éducation Nationale. Les premiers du genre dans notre pays. En proposant l’organisation des États Généraux, le Président de la République  conviait l’ensemble des acteurs du système éducatif à un effort national de réflexion autour d’une question fondamentale, l’éducation. Après le pain, c’est le premier besoin d’un peuple. L’Éducation a pour mission principale la formation des hommes et la transmission du savoir. Elle est le creuset  de la cohésion  nationale. Elle doit être le lieu ou l’on apprend la citoyenneté. C’est à l’école qu’il revient d’enseigner à nos enfants la devise dela République : Unité- Égalité –Paix. Pour beaucoup d’hommes et de femmes issus de milieux défavorisés, elle constitue le meilleur ascenseur social et le plus solide qui soit. Une éducation de qualité qui prenne en compte les évolutions du monde et s’y adapte constamment, permettra à notre pays de se doter des ressources et des compétences qualifiées et suffisantes pour la faire sortir de l’état de sous développement. Une fois le diagnostic posé, les propositions avancées, un plan cadre de développement de l’Éducation nationale a été mis en œuvre. Aujourd’hui les ressources allouées au Ministère de l’Éducation National représentent   28 % du budget de l’État. C’est le premier poste budgétaire. C’est grâce à une telle politique, investissements massifs dans l’Éducation Nationale, mis en œuvre parla Tunisie et l’Ile Maurice dés les débuts des années soixante que ces deux pays se retrouvent dans le peloton de tête des pays en voie de développement. Ils sont aujourd’hui exportateurs de matières grises à travers tout le continent africain.

 

Pour ceux qui sont exclus du système éducatif, le Président de la République met en place le Service National Adapté. Il s’agit de l’école de la deuxième chance. Les jeunes de 17 à 25 ans, exclus du système scolaire sont pris en charge au sein de la structure de l’armée. Après une formation physique destiné à leur inculquer les bases de la discipline, ils sont orientés vers des formations manuelles qui correspondent à leurs aptitudes et qui sont conformes à leur désir.

 

Fort d’un bilan plus que solide et porteur de toutes les espérances, le Président dela Républiquesollicite un deuxième mandat au mois d’avril 2005. L’opposition décide de ne présenter aucun candidat. Il est triomphalement réélu avec une très forte participation. Rappelons qu’auparavant,  le 10 janvier 2003 ont été organisées les élections législatives.  Les partisans du Président de la République, regroupés au sein de l’Union pourla MajoritéPrésidentielle(UMP), rassemblement de cinq parties, RPP – FRUD – PSD – PND et UPR, ont remporté ces élections.  Grâce au mode de scrutin majoritaire par liste et à un tour, l’UMP a raflé la totalité des 65 sièges du parlement. L’opposition qui s’était regroupé sous le vocable d’Union pour l’Alternance Démocratique (UAD) a totalisé 40 % des suffrages. Cette assemblée verra l’entrée de sept femmes, soit 10 % du nombre de députés. Ce sont les premiers députés femmes qui accèdent à l’Assemblée nationale Djiboutienne. Cela s’inscrit dans la volonté du Président de donner toute leur place aux femmes Djiboutiennes dans toutes les instances de la République.

 

Les réalisations de ce deuxième mandat sont encore beaucoup plus importantes. Elles confirment et accentuent l’élan du premier. La construction du Palace Kempinski Hôtel marque l’avènement d’un tournant dans le développement de l’infrastructure hôtelière de Djibouti. Le XI eme sommet du COMESA qui s’y déroule est un succès à tout égard. Par petits sauts,  Djibouti matérialise son ambition d’être une plateforme incontournable dans la région.  Il serait fastidieux de citer tous les projets en cours d’exécution ou ceux en gestation. Ils sont nombreux et permettent tous les espoirs. 

 

Sur le plan politique, au cours de ce deuxième mandat, le président de la République met en œuvre une grande réforme institutionnelle que tous les Djiboutiens attendent depuis longtemps : La décentralisation. Le 10 mars 2006, les Djiboutiens ont voté pour les élections communales qui pour la première fois dans l’histoire électorale du pays introduisent une dose de proportionnelle qui permet la représentation de toutes les sensibilités du pays.

 

La solidarité pour aider les plus fragiles.

 

Nous venons de très bas. L’élan économique qui se met en place est récent et fragile. Une grande partie de notre population vivait et continue de vivre dans une pauvreté extrême. Comme beaucoup de pays de l’Afrique subsaharienne nous souffrons d’une différence entre le taux d’accroissement démographique et le taux de croissance économique. Cette différence entre les deux taux fait que la pauvreté continue encore d’augmenter malgré tous les efforts consentis. En outre, la machine économique du pays ne se trouve pas encore en situation d’offrir du travail à tous les jeunes qui arrivent sur le marché un emploi. Conséquence de ces deux facteurs, la pauvreté frappe de plus en plus de ménages. Beaucoup éprouvent des difficultés à vivre avec le minimum vital. Le Président dela République, garant des intérêts de tous les Djiboutiens ne pouvait laisser ces hommes et ces femmes sur le bas côté de la route du développement. D’où l’Initiative Nationale de Développement Social (INDS). Il s’agit par des actions multisectorielles (par exemple mise en place du micro crédit ou incitation au développement des unités agricole)  d’aider ces hommes et ces femmes qui endurent à s’insérer dans le tissu économique national et à prendre pleinement leur place dans la communauté. Personne ne doit se sentir exclus de la marche dela Nation. L’équipe technique en charge de l’INDS a fait un travail remarquable. Un satisfecit a été délivré par les experts dela Banquemondiale et du FMI pour ce travail. Les deux institutions ont considéré que l’INDS pouvait être pris en lieu et place du Document Stratégique de Réduction dela Pauvreté(DSRP) qui dans la plupart des pays est réalisé avec leur assistance. L’INDS vise à atteindre les objectifs du millénaire.

Conclusion

 

Dans un monde tourmenté, où des millions d’hommes et de femmes sont quotidiennement confrontés à la violence et aux injustices les plus révoltantes , la République de Djibouti a la chance de vivre en paix et dont le développement économique est plus que remarquable. Récemment un expert international en matière économique disait : « aucun pays en Afrique ne dispose d’un avenir aussi radieux que la République de Djibouti»

 

            Les actions du Président de la République ont porté leur fruit. Il suffit de faire un tour en ville pour voir partout des chantiers se dresser. Par touches successives, l’architecture de notre ville a changé. Elle embelli à vue d’œil.

 

            A l’heure où nous allons fêter le trentième anniversaire de l’indépendance de notre pays, nous devons avoir une pensée très forte pour nos aînés et prier pour leur âme. Ils ont tout donnée pour nous léguer ce pays. De toutes nos forces, nous devons combattre tout ce qui nous divise et favorise tout ce qui nous unis. Chacun de nous là où il est, doit agir pour lutter contre toutes les formes d’injustice. L’injustice est toujours source de désordre. Et si,  elle existe, la défaire. C’est une attitude humaine, une exigence morale et religieuse.   Il faut que nos enfants puissent vivre dans un pays où la fraternité règne.   Ils constituent la génération qui poursuivra l’œuvre après nous Il nous incombe aussi de leur transmettre l’amour dela Nationet les doter de toutes les aptitudes pour nous surpasser. C’est ainsi que les Nations vivent, se développent et se pérennisent.

 

 

                                                                                  Courrier de la Rédaction du Site